Rhapsodie italienne de Jean-Pierre Cabanes : Comment le fascisme fracture les amitiés et les familles

19 Oct 2026 | France, Italie, Littérature France, Romans historiques

En 1915, Lorenzo Mori et Nino Calderone n’ont presque rien en commun.

Lorenzo appartient à une famille aisée de Vérone. Jeune officier, cultivé et ambitieux, il entre dans la guerre avec les repères d’un homme auquel sa position sociale semblait promettre une existence déjà tracée.

Nino vient de Sicile. Il s’engage pour échapper à la prison après avoir commis un crime d’honneur.

La Première Guerre mondiale les réunit. Les combats font d’eux des compagnons d’armes, puis des frères. Mais ce que la guerre rapproche, l’Italie de l’après-guerre va progressivement le séparer.

Car lorsque les soldats rentrent chez eux, le pays qu’ils retrouvent est profondément instable. Les frustrations nées du conflit, les violences politiques, les affrontements sociaux et la montée du fascisme ouvrent des chemins nouveaux. Lorenzo et Nino vont les emprunter différemment. L’amitié demeure, mais elle doit désormais résister aux engagements, aux ambitions et aux fidélités contradictoires.

Publié en 2019, Rhapsodie italienne couvre une trentaine d’années, de l’entrée de l’Italie dans la Première Guerre mondiale jusqu’à la fin de la Seconde. Jean-Pierre Cabanes y entremêle personnages fictifs et figures historiques pour raconter la montée puis la chute du fascisme à hauteur d’hommes et de femmes dont les choix privés deviennent progressivement politiques.


Le roman appartient à la littérature française. Mais comme Rome de Zola, Le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé ou La Chartreuse de Parme de Stendhal, il trouve sa place dans les Regards extérieurs de notre parcours italien parce que l’histoire de l’Italie constitue sa matière même.

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Avant d’ouvrir le livre

Titre : Rhapsodie italienne
Auteur : Jean-Pierre Cabanes
Publication : 2019
Langue originale : français
Éditeur : Albin Michel
Genre : roman historique, fresque familiale et politique
Territoires : Vérone, nord-est italien, Sicile, Rome et plusieurs fronts européens
Période : 1915-1945
Personnages centraux : Lorenzo Mori et Nino Calderone
Thèmes : Première Guerre mondiale, fascisme, violence politique, amitié, amour, famille, émancipation féminine, fidélité, Sicile, Seconde Guerre mondiale

L’édition originale compte 736 pages ; l’édition de poche, publiée en 2021, en compte 992. Cette ampleur correspond à la construction du roman : Jean-Pierre Cabanes suit ses personnages sur trois décennies et fait évoluer leurs trajectoires au rythme des bouleversements politiques italiens.


Deux hommes que l’Italie de 1915 aurait dû maintenir éloignés

La rencontre entre Lorenzo et Nino permet d’abord au roman de rapprocher deux mondes.

L’un vient du Nord, l’autre du Sud.

L’un possède les codes d’un milieu privilégié, l’autre arrive de Sicile dans des circonstances qui l’ont déjà placé en marge de la société.

Leur rencontre dans l’armée réduit momentanément cette distance.

La guerre impose d’autres hiérarchies : celles du courage, de la survie, de la confiance accordée à celui qui combat à vos côtés. Lorenzo et Nino deviennent compagnons d’armes au sein des Arditi, les unités d’assaut de l’armée italienne.

Cette fraternité acquiert d’autant plus d’importance que le roman va ensuite confronter les deux hommes à des mondes politiques et sociaux très différents.

Ils ont partagé une expérience extrême.

Cela ne signifie pas qu’ils en tireront les mêmes conclusions.

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Couverture du roman Rhapsodie italienne de Jean-Pierre Cabanes
Rhapsodie italienne – Jean-Pierre Cabanes
Une fresque familiale qui traverse plusieurs décennies de l’histoire politique et sociale italienne.

1915 : entrer dans une guerre qui transforme l’Italie

L’Italie entre dans la Première Guerre mondiale en mai 1915.

Pour les personnages de Rhapsodie italienne, cette date n’est pas simplement le début d’une chronologie historique. Elle constitue une rupture.

Les hommes quittent leur vie quotidienne.

Les femmes doivent composer avec leur absence.

Des Italiens issus de régions, de langues et de milieux sociaux très différents se retrouvent sous le même uniforme, quelques décennies seulement après l’unification politique du pays.

Jean-Pierre Cabanes utilise la guerre comme un immense accélérateur.

Elle rapproche Lorenzo et Nino, mais elle banalise également une violence qui ne disparaîtra pas avec l’armistice.

C’est l’un des fils les plus intéressants du roman : la paix politique ne signifie pas nécessairement le retour à une société pacifiée.

Les hommes reviennent.

La violence, elle, a appris à circuler autrement.

Les Arditi : lorsque l’expérience du front survit à la guerre

Lorenzo et Nino combattent parmi les Arditi.

Ces unités d’assaut, créées pendant la Première Guerre mondiale, occupent une place particulière dans l’histoire italienne parce que leur imaginaire ne disparaît pas entièrement avec le conflit.

Le roman permet d’observer ce passage.

Les qualités valorisées au front — audace, violence, discipline du groupe, goût de l’action — peuvent trouver une nouvelle fonction lorsque certains anciens combattants reviennent dans une Italie traversée par les frustrations et les affrontements politiques.

Jean-Pierre Cabanes ne réduit évidemment pas la naissance du fascisme à l’expérience des Arditi.

Mais en plaçant ses personnages dans cet environnement, il rend perceptible une continuité essentielle : les sociétés sortent de la guerre avec ceux qui l’ont faite.

Et tous ne parviennent pas à déposer en même temps leurs armes, leurs réflexes ou leur conception de la force.

Après la victoire, une Italie profondément insatisfaite

La guerre terminée, l’Italie appartient au camp des vainqueurs.

Cela ne suffit pas à produire un sentiment de victoire.

Les attentes territoriales sont partiellement déçues, les difficultés économiques sont considérables, les tensions sociales s’intensifient et une partie des anciens combattants éprouve le sentiment que leur sacrifice n’a pas reçu la reconnaissance attendue.

C’est dans ce contexte que les personnages entrent dans l’après-guerre.

Le roman montre bien ce qui rend cette période difficile à lire rétrospectivement : personne ne sait encore qu’elle mène à vingt années de dictature.

Les décisions sont prises dans le présent.

Un homme peut rechercher l’ordre.

Un autre une place.

Certains veulent préserver leurs intérêts.

D’autres pensent participer à une révolution.

Les alliances se forment avant que toutes leurs conséquences soient visibles.

Cette incertitude est indispensable pour comprendre la force romanesque de la période.

Rue italienne marquée par les tensions politiques de l’après-Première Guerre mondiale, période où se développe le fascisme.
La paix ne suffit pas à désarmer la société
Après 1918, les tensions sociales, les frustrations et l’expérience de la violence du front alimentent un climat dans lequel les affrontements politiques deviennent de plus en plus physiques.

Mussolini avant le régime

Benito Mussolini traverse le roman comme personnage historique.

Sa présence pourrait facilement transformer la fresque en récit illustré de la naissance du fascisme.

Jean-Pierre Cabanes choisit plutôt d’inscrire ses personnages fictifs à proximité des événements et des milieux dans lesquels le mouvement prend de l’importance. La présentation éditoriale du roman résume ainsi son arc historique des « premières heures du fascisme » à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cette proximité produit un effet intéressant.

Nous connaissons la suite.

Les personnages, non.

Ils rencontrent un mouvement politique avant qu’il ne soit devenu le régime dont nous connaissons aujourd’hui les crimes, les lois, les guerres et l’effondrement.

Cela oblige à déplacer la question.

Il ne s’agit plus seulement de demander : qu’est-ce que le fascisme a fait ?

Mais : comment des individus en viennent-ils à considérer qu’il peut servir leurs intérêts, leurs convictions ou leur désir d’ordre ?

Lorenzo : lorsqu’une fidélité devient politique

Lorenzo constitue l’un des principaux points d’entrée dans cette transformation.

Son parcours permet d’approcher le fascisme non depuis ses victimes ou depuis ses adversaires, mais depuis quelqu’un qui peut être attiré par le monde qu’il promet.

C’est une position inconfortable pour le lecteur.

Elle est aussi nécessaire.

Comprendre un engagement ne revient pas à l’excuser.

Le roman montre plutôt comment les ambitions personnelles, les relations, l’expérience de la guerre et les circonstances politiques peuvent progressivement rendre certaines décisions possibles.

Lorenzo ne cesse pas soudainement d’être l’homme que Nino a connu au front.

C’est précisément là que réside le problème.

Une idéologie ne remplace pas toujours l’individu. Elle peut s’installer au milieu de ses fidélités antérieures.

Nino : un autre chemin vers le pouvoir

Nino suit une trajectoire radicalement différente.

Le Sicilien qui s’était engagé pour échapper à la justice ne retourne pas simplement à la vie qu’il avait laissée.

Son parcours le conduit vers une autre forme de pouvoir, liée à la Sicile et à la mafia.

Le rapprochement avec Lorenzo devient alors particulièrement intéressant.

Les deux hommes évoluent dans des systèmes différents.

L’un s’approche du pouvoir politique fasciste.

L’autre d’un pouvoir qui se construit dans d’autres réseaux de loyauté, de protection et de violence.

Le roman ne les transforme pourtant pas en deux figures abstraites.

Leur ancienne fraternité continue d’exister sous leurs engagements.

La fidélité à une personne peut-elle survivre lorsque les mondes auxquels chacun appartient deviennent incompatibles ?

Cette question accompagne une grande partie de la fresque.

Du Nord à la Sicile : un pays qui n’est pas encore homogène

Le contraste entre Lorenzo et Nino permet également de parcourir une Italie dont l’unité politique est encore récente.

Le royaume d’Italie existe depuis 1861.

Lorsque le roman commence en 1915, cette unité n’a donc qu’un peu plus d’un demi-siècle.

Les écarts économiques, sociaux et culturels entre les territoires restent considérables.

Jean-Pierre Cabanes utilise ces différences dans la construction de ses personnages : Vérone et la Sicile ne constituent pas deux décors interchangeables.

Elles déterminent en partie leurs possibilités, leurs réseaux et leur rapport aux institutions.

Cette dimension mérite cependant une précaution.

Rhapsodie italienne est une fresque romanesque, pas une enquête sur les sociétés italiennes du début du XXe siècle.

Nino ne représente pas « la Sicile » davantage que Lorenzo ne représente « le Nord ».

Ils permettent plutôt de mesurer combien une même histoire nationale peut être vécue depuis des situations territoriales très différentes.

Les femmes ne restent pas derrière l’Histoire

Le résumé éditorial du roman insiste explicitement sur leur place : tandis que les hommes sont emportés par les combats et les affrontements politiques, les femmes entrent dans une lutte pour « l’amour, l’indépendance et la liberté ».

Cette dimension empêche Rhapsodie italienne de devenir uniquement l’histoire de deux hommes confrontés au fascisme.

Les transformations politiques traversent également les relations amoureuses, les familles et la place que les femmes peuvent occuper dans la société.

Certaines héritent de cadres très contraignants.

Elles prennent pourtant des décisions, travaillent, aiment, résistent à ce que leur entourage attend d’elles et cherchent à déterminer elles-mêmes leur avenir.

Leur émancipation n’évolue pas à côté de la grande Histoire.

Elle en fait partie.

Une société qui change de régime transforme aussi les possibilités offertes à ceux qui n’exercent pas directement le pouvoir.

Lorsque la politique entre dans les familles

Dans Rhapsodie italienne, les idées ne restent jamais très longtemps dans les discours.

Elles entrent dans les maisons.

Elles séparent des proches.

Elles déterminent avec qui l’on peut travailler, qui devient dangereux, qui doit se cacher, qui peut encore faire confiance à qui.

C’est probablement là que la forme de la fresque familiale trouve sa véritable justification.

Une chronologie du fascisme peut expliquer les institutions, les lois et les événements.

Le roman peut montrer autre chose : le moment où une transformation politique devient une affaire intime.

L’ami n’est plus seulement un ami.

Le père, le frère, l’amant ou le voisin peuvent désormais appartenir à un camp.

Et lorsqu’un régime s’installe durablement, ces choix finissent par structurer des années entières d’existence.

Famille italienne réunie autour d’une table dans une atmosphère tendue, évoquant les fractures politiques de l’époque fasciste.
Quand la politique entre dans les relations privées
Dans Rhapsodie italienne, les engagements ne restent pas dans la rue ou dans les institutions. Ils modifient les amitiés, les couples, les familles et la confiance accordée aux proches.

La violence change de forme

Le roman commence par la guerre.

Il aurait pu opposer cette violence militaire à la violence politique qui vient ensuite.

Il montre plutôt leurs circulations.

Les armes changent.

Les adversaires aussi.

Mais certains personnages ont appris que la force pouvait résoudre un conflit, imposer une décision ou faire taire un opposant.

Cette continuité aide à comprendre l’atmosphère de l’Italie de l’entre-deux-guerres sans réduire le fascisme à une simple conséquence de 1914-1918.

Jean-Pierre Cabanes inscrit ainsi ses trajectoires individuelles dans un mouvement plus vaste : la brutalisation des rapports politiques et sociaux.

La violence n’est plus confinée au front.

Elle revient avec ceux qui ont survécu et trouve de nouveaux terrains où s’exercer.

Vivre sous un régime que l’on a vu naître

Le temps long du roman produit un effet particulièrement intéressant.

Les personnages ne rencontrent pas le fascisme comme une période historique déjà délimitée entre deux dates.

Ils vieillissent avec lui.

Ils le voient émerger, gagner du terrain, devenir régime, s’installer dans les institutions puis entraîner l’Italie dans de nouvelles guerres.

Certains ont participé à cette trajectoire.

D’autres la subissent.

D’autres encore modifient leur position.

Cette durée permet de montrer quelque chose que les récits centrés sur un événement rendent moins perceptible : un régime politique finit par devenir le cadre ordinaire dans lequel on travaille, aime, élève ses enfants et imagine son avenir.

C’est précisément cette normalisation qui rend son emprise profonde.

1940 : une nouvelle guerre, mais plus le même pays

Lorsque l’Italie entre dans la Seconde Guerre mondiale, vingt-cinq années se sont écoulées depuis le début du roman.

Les jeunes hommes de 1915 ont vieilli.

Le fascisme est désormais un État.

Mussolini, qui appartenait encore au paysage politique mouvant de l’après-Première Guerre mondiale, dirige depuis longtemps le pays.

La guerre change alors de sens.

En 1915, Lorenzo et Nino entraient dans un conflit où l’Italie combattait aux côtés des Alliés.

En 1940, le régime fasciste engage le pays aux côtés de l’Allemagne nazie.

Cette symétrie donne à la fresque une partie de sa puissance.

Une génération peut ainsi mesurer ce qui est arrivé à son pays entre deux guerres qu’elle aura connues toutes les deux.

Les personnages historiques au milieu de la fiction

Jean-Pierre Cabanes fait régulièrement croiser personnages fictifs et personnages réels.

Mussolini occupe évidemment une place importante.

Ce procédé donne de l’ampleur à la fresque, mais il impose aussi au lecteur une distinction utile.

Les grands événements appartiennent à l’Histoire.

Lorenzo et Nino permettent de les traverser.

Le roman n’est donc pas un substitut à un ouvrage historique sur le fascisme.

Il propose une autre expérience : celle d’entrer dans une période dont nous connaissons l’issue en suivant des individus qui, eux, ne disposent jamais de notre connaissance rétrospective.

Cette différence explique une partie du plaisir du roman historique.

Nous savons où va l’Histoire.

Nous ne savons pas encore ce qu’elle va faire aux personnages.

Une fresque avant d’être un roman d’idées

Rhapsodie italienne est un livre très ample.

L’édition de poche atteint 992 pages.

Cette longueur ne correspond pourtant pas à une construction lente et contemplative.

Jean-Pierre Cabanes privilégie les événements, les retournements, les passions, les affrontements et les trajectoires qui se croisent. L’histoire politique fournit l’architecture générale, mais le moteur du récit reste profondément romanesque.

C’est une distinction importante pour savoir si le livre peut vous convenir.

Le lecteur qui recherche une analyse minutieuse des structures du fascisme trouvera des ouvrages historiques plus adaptés.

Celui qui souhaite entrer dans trente années d’histoire italienne par des destinées individuelles trouvera ici un récit particulièrement accessible.

Un regard français sur trente années d’histoire italienne

Jean-Pierre Cabanes est français et Rhapsodie italienne appartient à la littérature française.

Sa présence dans notre sélection italienne repose sur le même principe que celle de Rome d’Émile Zola ou du Soleil des Scorta de Laurent Gaudé : un territoire peut devenir la matière centrale d’un roman écrit depuis une autre tradition littéraire.

La distinction reste importante.

Les personnages de Cabanes ne doivent pas être considérés comme des représentants sociologiques de l’Italie.

Le roman construit une fresque, sélectionne certains milieux, rapproche personnages fictifs et historiques et organise trente années d’événements pour produire un récit.

Mais cette position extérieure possède aussi un intérêt.

Elle permet de regarder l’histoire italienne depuis les questions que se pose un romancier français contemporain : comment une démocratie bascule-t-elle ? Pourquoi certains adhèrent-ils ? Comment les fidélités personnelles résistent-elles aux engagements politiques ?

C’est cette lecture qui justifie pleinement sa présence dans Regards extérieurs.

À propos de Jean-Pierre Cabanes

Né en 1949, Jean-Pierre Cabanes est avocat honoraire et romancier. Il a consacré plusieurs de ses livres à l’histoire italienne. Son roman Une jeunesse italienne a notamment reçu le prix Jean-Carrière en 2014.

Rhapsodie italienne paraît chez Albin Michel en 2019. L’auteur reviendra ensuite vers une autre période décisive de l’histoire de la péninsule avec Rendez-vous à Naples, situé au temps du Risorgimento et de l’unification italienne.

Ces deux romans abordent ainsi deux moments presque complémentaires.

Rendez-vous à Naples regarde comment l’Italie devient un État.

Rhapsodie italienne montre, quelques décennies plus tard, comment cet État encore jeune traverse deux guerres mondiales et vingt années de fascisme.

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Pourquoi lire Rhapsodie italienne aujourd’hui ?

Parce qu’il permet d’aborder le fascisme autrement que par sa seule période de domination.

Le roman commence suffisamment tôt pour montrer un pays avant le régime.

C’est essentiel.

Le fascisme ne surgit pas dans une Italie vide. Il rencontre des frustrations, des ambitions, des violences déjà présentes, des individus qui cherchent leur place et des institutions fragilisées.

La fresque permet également de voir combien les choix politiques finissent par devenir des choix personnels.

Une idéologie modifie une amitié.

Un régime entre dans une famille.

Une guerre rebat les fidélités.

Et les personnes qui avaient vingt ans en 1915 doivent encore vivre avec les conséquences de leurs décisions plusieurs décennies plus tard.

C’est probablement là que le roman est le plus intéressant : lorsqu’il cesse de nous demander ce que nous aurions pensé à leur place pour montrer combien il est difficile de savoir, au moment où l’Histoire se construit, jusqu’où conduira le choix que l’on vient de faire.

Pour quel lecteur ?

Rhapsodie italienne conviendra particulièrement aux lecteurs qui aiment :

  • les grandes fresques historiques couvrant plusieurs décennies ;
  • les romans très narratifs malgré leur longueur ;
  • l’histoire de l’Italie entre les deux guerres mondiales ;
  • les récits sur la naissance et l’installation du fascisme ;
  • les amitiés confrontées à des engagements opposés ;
  • les personnages dont les trajectoires privées rencontrent directement l’Histoire ;
  • les sagas où les personnages féminins disposent de leurs propres trajectoires ;
  • les romans permettant d’aborder une période historique avant de l’approfondir par des essais.

Avec près de mille pages dans son édition de poche, le livre demande du temps. Mais sa construction privilégie suffisamment les personnages et les événements pour rester beaucoup plus accessible qu’un tel volume pourrait le laisser penser.


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Jean-Pierre Cabanes est un écrivain français et Rhapsodie italienne appartient à la littérature française. Le roman rejoint néanmoins notre parcours consacré à l’Italie parce que trente années de son histoire politique et sociale déterminent entièrement la trajectoire des personnages.

Il prend donc place dans Regards extérieurs, aux côtés des écrivains venus d’ailleurs qui ont fait de l’Italie non un simple décor, mais la matière de leur récit.

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