L’Usure d’un monde de François-Henri Désérable : Quarante jours en Iran

23 Sep 2026 | France, Littérature France, Prix Nicolas-Bouvier, Récits de voyage

À Tabriz, François-Henri Désérable retrouve une ville où Nicolas Bouvier et Thierry Vernet avaient passé l’hiver près de soixante-dix ans plus tôt. L’Usage du monde lui a donné envie de venir en Iran. Il en connaît les pages, cherche les lieux, mesure la distance entre le voyage de Bouvier et le sien.

Mais, à la fin de 2022, d’autres événements occupent les conversations. Depuis la mort de Mahsa Amini, les manifestations se poursuivent malgré la répression. Désérable continue sa route, de Téhéran vers le sud-est du pays. Les personnes qu’il rencontre lui parlent de ce qu’elles vivent, de ce qu’elles espèrent et de ce qu’elles craignent.

L’Usure d’un monde naît de ces quarante jours : un voyage commencé avec un livre, puis raconté depuis l’Iran que l’écrivain a traversé.


→ Lire notre article sur L’Usage du monde


Avant d’ouvrir le livre

RepèreInformation
Titre completL’Usure d’un monde. Une traversée de l’Iran
AuteurFrançois-Henri Désérable
Publication2023, Gallimard
GenreRécit de voyage
Voyage racontéQuarante jours en Iran, à la fin de 2022
ItinéraireDe Téhéran aux confins du Baloutchistan
ContexteManifestations après la mort de Mahsa Amini et répression menée par la République islamique
Livre qui accompagne l’auteurL’Usage du monde, de Nicolas Bouvier
DistinctionPrix Nicolas-Bouvier 2023

Désérable part avec le projet de suivre les traces de Nicolas Bouvier. Le moment de son départ donne rapidement une autre direction au voyage. Les manifestations, la répression et les témoignages recueillis en chemin prennent une place centrale dans le récit.

Les personnes au cœur du récit

François-Henri Désérable raconte le voyage à la première personne. Il prend la route, cherche ses correspondances avec le livre de Bouvier et relate les conversations qui modifient peu à peu ce qu’il était venu voir.

Les personnes rencontrées occupent le centre de ces pages. Certaines lui parlent des manifestations ou de la répression ; d’autres partagent un trajet, un repas, une discussion. Leurs paroles appartiennent à des circonstances précises. Le livre gagne à être lu ainsi : comme le récit de rencontres, plutôt que comme un portrait de tous les Iraniens.

Nicolas Bouvier accompagne aussi l’écrivain. Désérable revient à son texte au fil du voyage, particulièrement dans les villes que celui-ci avait connues avec Thierry Vernet. Les deux récits se croisent sans raconter la même époque.

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Couverture du livre L’Usure d’un monde de François-Henri Désérable
L’Usure d’un monde — François-Henri Désérable.
Une traversée de l’Iran à la fin de 2022, dans les pas de Nicolas Bouvier.

Sur la route de Nicolas Bouvier

Dans les années 1950, Nicolas Bouvier et Thierry Vernet traversent notamment l’Iran à bord de leur Fiat. Ils séjournent à Tabriz, une étape devenue mémorable pour les lecteurs de L’Usage du monde. Désérable part plusieurs décennies plus tard avec ces pages en mémoire.

Retrouver une ville lue dans un livre produit une expérience particulière. On reconnaît un nom, parfois un paysage. On découvre surtout les changements que le texte ne pouvait prévoir. À Tabriz comme ailleurs, Désérable doit regarder les lieux qu’il a devant lui, avec leurs habitants et leurs préoccupations actuelles.

Le dialogue avec Bouvier reste présent tout au long du récit. Il explique le départ de Désérable et donne au lecteur deux voyages à rapprocher : celui des années 1950 et celui de 2022.

Voyager pendant les manifestations de 2022

Mahsa Amini meurt en septembre 2022 après son arrestation par la police des mœurs. Sa mort déclenche des manifestations dans plusieurs régions d’Iran. Lorsque Désérable entreprend son voyage, le mouvement se poursuit et la répression pèse sur la vie quotidienne.

Le livre raconte cette période depuis la route. Désérable entend des témoignages, observe des réactions, constate qu’une conversation peut avoir des conséquences pour la personne qui accepte de parler. Les événements politiques apparaissent à travers des situations vécues, sans cesser d’être présents à l’arrière-plan de chaque déplacement.

L’écrivain est finalement arrêté par les Gardiens de la révolution et sommé de quitter l’Iran. Cette fin donne une mesure concrète des risques qui entouraient son voyage. Elle rappelle aussi que son départ et la vie des personnes rencontrées suivent ensuite des chemins différents.

Ce que les rencontres permettent de raconter

Quarante jours permettent de traverser des régions, d’écouter des personnes et de rapporter des scènes précises. Ils laissent nécessairement beaucoup hors du livre.

Désérable écrit depuis sa place de voyageur français. Il peut raconter un échange, restituer les mots qu’il a entendus, décrire les difficultés rencontrées pendant son séjour. Les personnes qui lui parlent vivent, elles, dans le pays après son départ. Garder cette différence en tête rend leurs témoignages plus importants encore : chacune accepte de partager une part de son expérience dans les conditions de cette fin d’année 2022.

C’est dans ces moments que le récit trouve sa justesse. Une rencontre ne vaut pas parce qu’elle expliquerait tout l’Iran. Elle donne à connaître une personne, un lieu et un instant que le lecteur peut situer.

Pourquoi ce titre ?

L’Usure d’un monde répond directement à L’Usage du monde. Désérable change un mot dans le titre du livre qui l’a poussé à partir.

« Usure » évoque ici un pays soumis depuis longtemps à de fortes tensions et un pouvoir contesté par une partie de la population. Le mot rend aussi sensible le temps écoulé depuis le voyage de Bouvier. Le lecteur entre dans l’Iran de Désérable avec le souvenir d’un autre récit, puis voit peu à peu celui de 2022 prendre toute sa place.

Le titre rend hommage à Bouvier. Il indique en même temps ce que Désérable est allé chercher dans son propre voyage : voir par lui-même et écouter ceux qu’il rencontre.

Les lieux du livre

Téhéran

Désérable commence sa traversée dans la capitale. Le contexte des manifestations s’impose dès cette première étape et accompagne ensuite son parcours.

Tabriz

Tabriz relie le plus directement les deux livres. Nicolas Bouvier et Thierry Vernet y avaient séjourné pendant l’hiver 1953-1954. Désérable y retrouve une étape importante de leur voyage, dans une ville qui a continué de vivre depuis leur passage.

Ispahan et Chiraz

Ces villes jalonnent la route vers le sud. Leurs noms éveillent chez de nombreux lecteurs des images de monuments et de jardins. Dans le récit, elles sont aussi des lieux de déplacement et de conversation, habités au présent.

Rue d’Ispahan dans l’Iran contemporain, l’une des villes traversées dans L’Usure d’un monde
Ispahan appartient à la route de François-Henri Désérable. Le récit s’attache aussi aux conversations et à la vie quotidienne rencontrées dans les villes traversées.

Vers le Baloutchistan

La traversée se prolonge jusqu’aux confins du Baloutchistan. Cette dernière partie donne au sous-titre du livre, Une traversée de l’Iran, sa dimension géographique : Désérable a parcouru une longue route, dont il ne raconte que les lieux où il s’est arrêté et les personnes qu’il a rencontrées.

Visuel suggéré : une carte simple des étapes mentionnées dans le récit, à établir à partir du livre. Elle aiderait à suivre les déplacements sans présenter ce parcours comme un itinéraire à reproduire.

Route traversant un paysage aride dans le sud-est de l’Iran
De Téhéran aux confins du Baloutchistan, le récit suit un long déplacement à travers l’Iran. Cette image évoque la route ; elle ne documente pas un lieu précis du voyage.

À propos de François-Henri Désérable

François-Henri Désérable est un écrivain français. Avant L’Usure d’un monde, il a notamment publié Un certain M. Piekielny et Mon maître et mon vainqueur. Sa lecture de Nicolas Bouvier accompagne le projet de voyage raconté dans ce livre.

Paru chez Gallimard en 2023, L’Usure d’un monde a reçu la même année le prix Nicolas-Bouvier.

Pourquoi lire L’Usure d’un monde aujourd’hui ?

Pour suivre un écrivain qui voyage en Iran à un moment précis de son histoire et prend le temps de raconter les personnes croisées sur sa route. Les faits connus par l’actualité trouvent ici des voix, des lieux et des circonstances.

Le livre intéressera aussi ceux qui ont lu L’Usage du monde. Désérable montre ce qu’un récit de voyage peut susciter longtemps après sa publication : l’envie de partir, de retrouver une ville, puis de raconter ce que l’on a soi-même découvert.

Ces deux raisons de lire se rejoignent à Tabriz. La ville de Bouvier est toujours là ; les personnes que rencontre Désérable y vivent dans un autre temps.

Pour quel lecteur ?

L’Usure d’un monde s’adresse particulièrement aux lecteurs qui aiment :

  • les récits de voyage fondés sur les rencontres ;
  • les livres qui éclairent un événement historique par des expériences individuelles ;
  • l’œuvre de Nicolas Bouvier ;
  • les récits dans lesquels une lecture inspire un départ ;
  • les textes attentifs à la place de celui qui voyage et raconte.

Le contexte de répression donne à plusieurs épisodes une gravité à connaître avant d’ouvrir le livre.


Dans le même élan

L’Usage du monde — Nicolas Bouvier

Le récit qui a accompagné Désérable avant et pendant son voyage. Lire les deux livres permet de retrouver Tabriz à deux époques et de comprendre ce qui a conduit l’écrivain français sur cette route.

→ Lire notre article sur L’Usage du monde

Chagrin d’un chant inachevé — François-Henri Désérable

Publié après L’Usure d’un monde, cet autre récit de voyage permet de poursuivre la découverte de l’auteur.

Couverture du livre L’Usage du monde de Nicolas Bouvier avec dessins de Thierry Vernet
L’Usage du monde de Nicolas Bouvier, illustré par les dessins de Thierry Vernet. Ce récit de voyage devenu un classique retrace la traversée de l’Europe et de l’Asie par deux jeunes voyageurs dans les années 1950.
Couverture du livre Chagrin d’un chant inachevé de François-Henri Désérable
Chagrin d’un chant inachevé — François-Henri Désérable.
De Buenos Aires à Caracas, l’écrivain suit la route empruntée par Ernesto Guevara et Alberto Granado à travers l’Amérique du Sud.

Pour aller plus loin

Nicolas Bouvier à Genève

Avant l’Iran et L’Usage du monde, il y a Genève, ville de départ de Nicolas Bouvier. Notre article revient sur les lieux liés à l’écrivain et à son envie de prendre la route.

→ Sur les traces de Nicolas Bouvier à Genève

Le prix Nicolas-Bouvier

→ Voir le palmarès complet du prix Nicolas Bouvier


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