Sur les traces de La Storia : Rome à hauteur d’Ida et d’Useppe

25 Sep 2026 | Italie, Itinéraires littéraires, Voyager en Italie

Rome possède ses monuments, ses grandes places et ses perspectives immédiatement reconnaissables.

Elsa Morante choisit une autre échelle.

Dans La Storia, la ville se découvre depuis un appartement de San Lorenzo, les rues empruntées pour chercher de la nourriture, un refuge collectif à Pietralata, un logement à Testaccio, les trajets d’une institutrice et les longues promenades d’un enfant accompagné de sa chienne.

Entre 1941 et 1947, cette géographie quotidienne est traversée par la guerre.

Le 19 juillet 1943, le bombardement de San Lorenzo détruit le logement d’Ida et d’Useppe. Ils rejoignent alors Pietralata et son refuge pour les personnes déplacées. Plus tard vient Testaccio. Le quartier juif occupe une autre place dans le roman : Ida, dont la mère était juive, y est attirée autant qu’elle le redoute dans une Italie qui a fait de cette ascendance une menace.

Ces lieux existent toujours.

Ils ont profondément changé.

Les parcourir aujourd’hui permet de retrouver la précision géographique de Morante tout en mesurant ce que plusieurs décennies de transformations urbaines ont fait de la ville qu’elle racontait.

Le fil du voyage tient dans ces déplacements :

San Lorenzo → Pietralata → quartier juif → Testaccio.

À mesure qu’Ida et Useppe changent de quartier, leur place dans Rome et leur manière de vivre la guerre changent elles aussi.


→ Lire notre article consacré à La Storia d’Elsa Morante


Comprendre la géographie du livre avant de partir

La Storia se déroule principalement entre 1941 et 1947.

Rome y occupe une place considérable. Morante nomme précisément quartiers, rues et itinéraires, au point que certains déplacements des personnages peuvent encore être reconstitués. Ses documents préparatoires montrent qu’elle travaillait avec une carte de Rome et vérifiait les distances parcourues par Ida, notamment entre Testaccio, le quartier juif, les ponts et différentes rues.

Cette précision ne signifie pas que la Rome actuelle puisse être parcourue comme un décor préservé du roman.

Pietralata en fournit le meilleur exemple.

À l’époque où Ida et Useppe y arrivent, le quartier appartient aux borgate périphériques où vivent notamment des familles modestes déplacées depuis le centre de Rome. Son paysage urbain s’est profondément transformé, particulièrement à partir de la fin des années 1970.

San Lorenzo et Testaccio ont eux aussi évolué.

Le voyage repose donc sur deux géographies superposées :

la ville décrite par Morante et celle que Rome est devenue.

L’écart entre les deux raconte lui aussi quelque chose de l’histoire romaine.


Le parcours en un regard

2 jours — suivre les déplacements d’Ida et d’Useppe

Jour 1 — La Rome de la guerre

San Lorenzo → Via Tiburtina → Pietralata

Le parcours suit le grand basculement géographique du roman : le quartier où vivent Ida et ses enfants, le bombardement du 19 juillet 1943, puis le déplacement vers la périphérie.

Jour 2 — Identité, survie et après-guerre

Quartier juif → Testaccio → Via Marmorata → Lungotevere

La deuxième journée accompagne une autre dimension du livre : l’identité juive cachée d’Ida, puis la Rome de l’après-guerre dans laquelle Useppe et Bella parcourent la ville.

Deux jours dans la Rome de La Storia, des rues bombardées de San Lorenzo à Pietralata, puis du quartier juif aux promenades d’Useppe et Bella autour de Testaccio.

Carte de la Rome de La Storia, reliant San Lorenzo, Pietralata, le quartier juif et Testaccio sur les traces d’Ida et d’Useppe.
Sur les traces de La Storia à Rome
Le premier jour relie San Lorenzo à Pietralata ; le second conduit du quartier juif à Testaccio avant de suivre une partie des promenades d’Useppe et Bella.

Jour 1 — San Lorenzo, la Rome d’Ida

San Lorenzo constitue le point de départ naturel.

Ida Ramundo y vit avec son fils aîné Nino lorsque commence le roman. Useppe y naît ensuite.

Le quartier qui les entoure appartient à une Rome populaire, résidentielle et laborieuse, très éloignée des représentations monumentales de la capitale.

Cette dimension compte.

Morante place immédiatement son histoire dans les espaces de la vie quotidienne.

Un logement.

Une école.

Des commerces.

Des rues que l’on parcourt à pied.

Des voisins.

La guerre est déjà présente dans les conversations, les peurs, le rationnement et les absences. Mais la ville conserve encore une forme de continuité.

Jusqu’au 19 juillet 1943.

19 juillet 1943 : le jour où la géographie familiale bascule

Ce jour-là, les bombardiers alliés frappent Rome.

San Lorenzo compte parmi les secteurs les plus durement touchés.

Dans La Storia, la maison d’Ida est détruite.

Cette destruction produit un changement immédiat : Ida et Useppe deviennent des sfollati, des personnes déplacées par les bombardements.

Le mot contient déjà tout un bouleversement géographique.

Un logement n’est plus habitable.

Les objets disparaissent.

Les repères du quartier sont détruits ou transformés.

Il faut trouver où dormir.

La guerre, jusqu’alors immense et abstraite, prend les dimensions très concrètes d’une famille qui vient de perdre son toit.

Le San Lorenzo contemporain ne ressemble évidemment plus au quartier dévasté de 1943.

Sa mémoire demeure cependant présente dans l’histoire locale et dans plusieurs traces commémoratives.

La lecture de Morante change ici la manière de regarder la ville : derrière les immeubles, les cafés et la circulation actuelle apparaît la géographie d’une catastrophe vécue à l’échelle d’un quartier.

Quartier San Lorenzo à Rome, marqué par le bombardement du 19 juillet 1943 raconté dans La Storia.
San Lorenzo, 19 juillet 1943
Le bombardement détruit le logement d’Ida et d’Useppe et transforme brutalement leur géographie quotidienne.

De San Lorenzo à Pietralata

Après le bombardement, Ida et Useppe prennent la direction de Pietralata.

Suivre aujourd’hui la Via Tiburtina permet de comprendre la logique générale de ce déplacement : on quitte progressivement la ville dense pour rejoindre ce qui constituait alors une périphérie beaucoup plus lointaine.

Morante décrit Pietralata comme une zone de campagne pauvre située aux marges de Rome.

Le régime fasciste y avait installé des familles expulsées de quartiers centraux dans le cadre des transformations urbaines de la capitale. La borgata réunissait ainsi des populations déjà fragilisées avant même que les bombardements n’y conduisent de nouvelles personnes déplacées.

Cette histoire explique pourquoi Pietralata occupe une place aussi forte dans La Storia.

La périphérie est éloignée du centre et concentre une partie de ceux que la ville a déplacés vers ses marges.

Pietralata, le refuge collectif

Ida et Useppe trouvent place dans un grand local destiné aux personnes déplacées.

Ils n’y sont pas seuls.

Autour d’eux vivent Giuseppe Cucchiarelli, vieux marbrier communiste, la nombreuse famille surnommée « les Mille » et bientôt Carlo Vivaldi, qui révélera une identité et une histoire beaucoup plus complexes.

Nino réapparaît lui aussi.

La vie privée devient presque impossible dans cet espace partagé.

Et pourtant, Morante n’en fait pas seulement un lieu de misère.

Une petite société provisoire se forme.

On partage des nouvelles.

Des aliments.

Des peurs.

Des opinions politiques.

Des disputes.

Des histoires.

La guerre rassemble temporairement des trajectoires qui ne se seraient peut-être jamais rencontrées.

Le Pietralata d’aujourd’hui demande un effort d’imagination.

Les transformations urbaines ont largement effacé le paysage périphérique décrit par Morante.

Cet écart mérite d’être regardé plutôt que dissimulé.

La transformation du quartier raconte ce qui s’est passé après le roman : Rome a continué à grandir et ses anciennes périphéries sont devenues des morceaux de la ville contemporaine.

Quartier de Pietralata à Rome aujourd’hui, lieu de refuge d’Ida et Useppe dans La Storia d’Elsa Morante.
Pietralata, de la borgata au quartier contemporain
La périphérie décrite par Morante s’est profondément transformée. Cette évolution urbaine fait désormais partie de ce que le voyage permet de comprendre.

Ce que Pietralata raconte au-delà du roman

Pietralata permet aussi de croiser plusieurs regards littéraires sur Rome.

Elsa Morante n’est pas la seule à avoir écrit ce territoire.

Pier Paolo Pasolini y situe une partie d’Une vie violente. Alberto Moravia l’intègre également à ses Racconti romani.

Cette concentration accompagne une période de profondes transformations sociales et urbaines.

Au milieu du XXe siècle, les borgate deviennent des territoires littéraires à part entière : croissance de Rome, pauvreté, déplacements de population et relations entre centre et périphérie s’y rendent particulièrement visibles.

Chez Morante, Pietralata reste d’abord liée à l’expérience du déplacement d’Ida et d’Useppe pendant la guerre.

Jour 2 — Le quartier juif, la géographie intime d’Ida

La deuxième journée commence dans une partie beaucoup plus centrale de Rome.

Pour Ida, le quartier juif possède une force particulière.

Sa mère était juive.

Elle a elle-même grandi dans la dissimulation de cette origine et les lois raciales de 1938 ont transformé cette identité familiale en danger potentiel.

Morante construit autour du quartier une relation faite d’attraction, de familiarité et de peur.

Ida y revient.

Elle observe.

Elle écoute.

Elle éprouve une proximité qu’elle a longtemps tenté de maintenir secrète.

Le lieu permet ainsi d’aborder une dimension essentielle du personnage : son identité agit profondément dans son rapport à elle-même et à la ville.

16 octobre 1943 : une rue, une date, une histoire réelle

Le quartier change de signification lorsqu’on replace le roman dans l’histoire de Rome.

Le 16 octobre 1943, les forces allemandes organisent une vaste rafle contre les Juifs romains.

Plus d’un millier de personnes sont arrêtées, principalement à leur domicile et dans les rues du quartier, puis regroupées avant leur déportation vers Auschwitz.

Cette histoire dépasse naturellement celle d’Ida.

La présence juive à Rome remonte à l’Antiquité. Le quartier autour de l’ancien ghetto porte une histoire faite de vie communautaire, de restrictions, d’émancipation, de persécutions et de continuités.

La visite gagne à restituer cette profondeur.

La Storia offre une entrée particulière dans cette mémoire : celle d’une femme qui se sait liée à cette communauté tout en ayant passé une partie de son existence à dissimuler ce lien.

Le roman et l’histoire réelle se rapprochent ici fortement.

Les rues sont simultanément un quartier vivant, un territoire historique et un lieu de mémoire.

Du quartier juif à Testaccio

La distance entre le quartier juif et Testaccio se prête particulièrement bien à la marche.

Elle permet aussi de retrouver l’une des qualités de la géographie de Morante : les personnages relient différents mondes romains par leurs déplacements quotidiens.

Depuis les rues de l’ancien ghetto, le Tibre accompagne une partie de cette transition avant que la ville conduise vers Via Marmorata et Testaccio.

Morante travaillait très précisément ce type de trajet pendant l’écriture. Ses notes préparatoires montrent qu’elle vérifiait les distances et les parcours de ses personnages entre Testaccio, le quartier juif, les ponts et différentes rues de Rome.

Cette précision devient perceptible à pied.

La carte du roman prend les dimensions du corps.

Testaccio, la Rome d’après

Après Pietralata, Ida et Useppe trouvent un nouveau logement à Testaccio.

Le changement de quartier correspond aussi à un changement de période.

La guerre approche de sa fin puis s’achève.

Rome est libérée.

Mais les difficultés matérielles, les deuils, les traumatismes et les trajectoires commencées pendant la guerre continuent.

Testaccio devient ainsi le territoire d’un après-guerre qui n’a rien d’un simple retour à la situation antérieure.

Le quartier décrit par Morante reste profondément populaire. Le Mattatoio et l’univers du travail participent encore fortement à son identité.

La transformation de Testaccio depuis les années 1940 est considérable, mais son tissu urbain conserve davantage de continuités visibles qu’à Pietralata.

Plusieurs rues parcourues par les personnages permettent encore de retrouver l’échelle de leur quotidien.

Via Bodoni, Via Marmorata : entrer dans la géographie d’Useppe

C’est à Testaccio que l’itinéraire peut devenir particulièrement concret.

Useppe grandit.

Avec sa grande chienne Bella, il part explorer le quartier et ses alentours.

Plusieurs de leurs trajets traversent Via Bodoni, Via Marmorata, le Lungotevere et le pont Sublicio, avant de conduire parfois bien au-delà de Testaccio.

Le regard change encore.

Nous avons commencé à San Lorenzo auprès d’une mère qui tente de protéger ses enfants.

Nous suivons maintenant un enfant qui découvre la ville.

Useppe ne classe pas Rome selon ses monuments ou ses périodes historiques.

Il marche.

Il regarde.

Il rencontre.

Il écoute.

Bella l’accompagne.

Cette géographie donne tout son sens à une Rome découverte à hauteur d’Ida et d’Useppe.

La ville devient une succession de distances accessibles à pied, de bruits, de rencontres et de curiosités.

Marcher avec Useppe et Bella

Depuis Testaccio, une promenade permet de prolonger le voyage sans multiplier les sites patrimoniaux.

Via Marmorata conduit vers le fleuve.

Le Lungotevere ouvre d’autres perspectives.

Le pont Sublicio relie différents morceaux de la ville.

Les promenades d’Useppe peuvent aller beaucoup plus loin : Morante le fait notamment suivre avec Bella Via Marmorata puis le Viale Ostiense jusqu’à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.

Il n’est pas nécessaire de reproduire chaque kilomètre.

Une partie de ce chemin suffit à faire apparaître une évolution importante.

Dans les premières étapes du voyage, les déplacements sont imposés par la guerre :

perdre son logement → chercher un refuge → changer de quartier.

Avec Useppe, le déplacement redevient momentanément libre.

Marcher redevient explorer.

Cette liberté reste fragile.

Le lecteur connaît déjà tout ce qui pèse sur l’enfant.

Mais Rome lui appartient encore, pendant quelques heures, à la mesure de ses jambes et de sa curiosité.

Via Marmorata et le quartier de Testaccio à Rome, territoire parcouru par Useppe dans La Storia.
Testaccio, Rome à hauteur d’Useppe
Autour de Via Marmorata, les distances du roman deviennent celles de la marche. Les explorations d’Useppe et Bella ouvrent progressivement la ville au-delà du quartier.

Jusqu’à Saint-Paul-hors-les-Murs

Avec suffisamment de temps, la promenade peut se prolonger vers Saint-Paul-hors-les-Murs.

La basilique prend ici son intérêt dans la géographie d’Useppe et Bella, qui gagnent cette partie de Rome au cours de leurs explorations.

Depuis Testaccio, suivre une partie de la Via Ostiense permet surtout de voir les distances s’allonger et le paysage urbain changer.

Le parcours essentiel peut s’arrêter autour de Testaccio et du Lungotevere.

Sur deux journées complètes, prolonger la marche vers Saint-Paul donne davantage d’ampleur à la géographie d’Useppe et permet de terminer le voyage dans le mouvement plutôt que devant un lieu de mémoire.

Une Rome loin des itinéraires monumentaux

À la fin du parcours, très peu des lieux traversés correspondent aux images qui résument habituellement Rome.

San Lorenzo.

Pietralata.

Le quartier juif.

Testaccio.

Via Marmorata.

Le Lungotevere.

Via Ostiense.

Ces noms dessinent une autre carte de la capitale.

Morante construit une ville de quartiers, de logements, de refuges, de transports et de déplacements quotidiens. La précision de ses rues et de ses distances donne à cette géographie une cohérence qui demeure perceptible malgré les transformations urbaines.

Rome apparaît alors comme un espace vécu.

Une ville dans laquelle habiter, travailler, chercher de la nourriture, perdre son logement, trouver un refuge, marcher avec un enfant ou accompagner un chien.

C’est la Rome nécessaire à La Storia.

Informations pratiques

🚆 Rejoindre Rome
Le train constitue le moyen le plus simple d’intégrer ce parcours à un voyage sans voiture en Italie. Une fois sur place, l’itinéraire repose sur la marche et les transports publics. La voiture serait davantage une contrainte qu’un avantage.

🚇 Comment relier les quartiers ?
San Lorenzo, Pietralata, le quartier juif et Testaccio ne forment pas un parcours continu à pied. Les transports publics permettent de franchir les grandes distances ; la marche prend ensuite le relais à l’intérieur de chaque territoire. C’est aussi la meilleure manière de conserver l’échelle humaine du roman.

🗓️ Combien de temps ?
Deux jours / deux nuits constituent le meilleur équilibre. La première journée associe San Lorenzo et Pietralata. La seconde permet de relier le quartier juif à Testaccio puis de marcher sur une partie des itinéraires d’Useppe.

🏡 Où dormir ?
San Lorenzo et Testaccio offrent deux choix cohérents avec le parcours. Testaccio facilite davantage la deuxième journée et permet de découvrir le quartier en dehors des heures les plus animées. Un hébergement proche d’un axe de métro, de tram ou de bus simplifie toutefois les déplacements entre les différentes étapes.

🌤️ Quand partir ?
Le printemps et l’automne conviennent particulièrement bien. Une partie importante du parcours se fait à pied et Rome peut devenir très chaude en été. L’hiver offre une autre atmosphère et reste adapté à cette exploration urbaine.

👟 Combien marcher ?
Le deuxième jour peut facilement devenir une longue journée de marche, surtout si l’on prolonge le trajet d’Useppe vers la Via Ostiense et Saint-Paul-hors-les-Murs. Le parcours se prête mieux à quelques longues séquences à pied qu’à une accumulation de visites.

🕍 Découvrir l’histoire juive de Rome
Le quartier juif est un quartier vivant autant qu’un territoire de mémoire. Les horaires et conditions d’accès aux institutions, synagogues et espaces muséaux sont à vérifier peu avant le séjour.

📚 À emporter
La Storia accompagne naturellement le voyage. Pour la journée consacrée au quartier juif, 16 octobre 1943 de Giacomo Debenedetti offre un prolongement bref et particulièrement pertinent.

Construire son propre voyage dans la Rome de La Storia

Parcours essentiel — 1 jour

Matin
San Lorenzo → lieux liés au bombardement du 19 juillet 1943

Déplacement en transports publics

Début d’après-midi
Pietralata → découverte du quartier contemporain et de son histoire de borgata

Fin d’après-midi
Testaccio → Via Bodoni → Via Marmorata → Lungotevere

Cette version permet de saisir les trois grandes géographies résidentielles d’Ida et Useppe, mais laisse peu de place au quartier juif.

Parcours approfondi — 2 jours

Jour 1 — Guerre et déplacement
San Lorenzo → mémoire du bombardement → Via Tiburtina → Pietralata

Jour 2 — Identité et après-guerre
Quartier juif → Testaccio → Via Bodoni → Via Marmorata → Lungotevere → extension possible vers Via Ostiense et Saint-Paul-hors-les-Murs

Ce format laisse suffisamment de temps pour observer les quartiers contemporains et comprendre les distances qui structurent le roman.

De San Lorenzo à Pietralata, puis du quartier juif à Testaccio, les déplacements d’Ida et d’Useppe dessinent une Rome populaire où la guerre, l’exclusion et l’après-guerre se lisent à l’échelle des vies quotidiennes.

Ce que Rome révèle de La Storia

Parcourir ces quartiers rend particulièrement visible le choix littéraire d’Elsa Morante.

Rome est l’une des grandes capitales européennes.

Entre 1941 et 1947, elle connaît la dictature fasciste, les bombardements alliés, l’occupation allemande, les persécutions contre les Juifs, la Résistance, la Libération puis les bouleversements de l’après-guerre.

Tous ces événements apparaissent dans La Storia.

Leur géographie est rarement celle du pouvoir.

San Lorenzo raconte un logement détruit.

Pietralata raconte ceux qui doivent trouver un refuge.

Le quartier juif raconte la peur d’Ida et une persécution historique qui dépasse infiniment son histoire individuelle.

Testaccio raconte la vie qui continue après la guerre.

Les promenades d’Useppe racontent encore autre chose : la capacité d’un enfant à découvrir un monde dont le lecteur connaît déjà la violence.

Morante préparait cette géographie avec une précision presque topographique, allant jusqu’à vérifier les distances et les trajets de ses personnages sur une carte de Rome.

Cette précision permet à la grande Histoire de toujours retomber quelque part.

Dans une rue.

Dans une maison.

Dans un quartier.

Dans la vie de quelqu’un.

Après avoir parcouru Rome, le titre du roman prend une autre profondeur.

La Storia s’écrit à l’échelle des nations.

Morante nous apprend à regarder l’endroit où elle arrive.


Le livre qui a inspiré cet itinéraire littéraire

Couverture du roman La Storia d’Elsa Morante
La Storia – Elsa Morante
La guerre et ses violences racontées depuis Rome à travers des existences ordinaires emportées par la grande Histoire.

Pour aller plus loin

La Storia — Elsa Morante

Ida, Nino et Useppe permettent d’entrer dans la Rome de 1941-1947 depuis ceux qui disposent de peu de pouvoir sur les événements qui bouleversent leur existence.

→ Lire La Storia d’Elsa Morante

Elsa Morante

La future page auteur replacera La Storia dans une œuvre où l’enfance, les exclus, la famille, les animaux, l’imagination et les rapports de pouvoir occupent une place centrale.

→ Découvrir Elsa Morante (page à venir)

Littérature italienne

La Rome de Morante rejoint la Ferrare de Bassani, la Basilicate de Carlo Levi, la Sicile de Lampedusa et la Lombardie de Manzoni dans la cartographie littéraire de l’Italie.

→ Explorer la littérature italienne

Lire l’Italie à travers ses territoires

San Lorenzo, Pietralata et Testaccio montrent comment un même territoire urbain peut porter plusieurs histoires sociales et plusieurs mémoires.

→ Lire l’Italie à travers ses territoires (page à venir)

Les Ragazzi — Pier Paolo Pasolini

Avec Pasolini apparaît une autre Rome populaire et périphérique, principalement dans l’après-guerre. La proximité géographique avec Morante rend leurs différences de regard particulièrement intéressantes.

→ Lire Les Ragazzi de Pier Paolo Pasolini (article à venir)

Itinéraires littéraires en Italie

Après la Lombardie de Manzoni, la Sicile de Lampedusa, la Basilicate de Carlo Levi et la Ferrare de Bassani, Rome montre à son tour comment la littérature permet de parcourir une ville depuis des géographies souvent absentes des itinéraires classiques.

→ Découvrir les itinéraires littéraires en Italie


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