Au début de l’hiver, Amande arrive seule dans une maison isolée en Auvergne. Elle ferme les volets, repousse les visites et laisse les jours s’écouler dans l’obscurité. Quelques mois plus tôt, elle a perdu Benjamin, son mari, et Manon, l’enfant qu’elle attendait.
Dans la maison subsistent les affaires de Madame Hugues, l’ancienne occupante. Amande découvre notamment des calendriers horticoles couverts d’annotations : semis à entreprendre, arbres à tailler, récoltes à surveiller, recettes à préparer. Elle commence à suivre ces indications et s’aventure dans le jardin abandonné.
Mélissa Da Costa raconte la traversée du deuil à partir de gestes ordinaires. Ouvrir un volet, retourner la terre, attendre une pousse ou partager une récolte donnent progressivement un rythme aux journées d’Amande. Benjamin et Manon restent présents, tandis que la maison accueille peu à peu de nouvelles habitudes et le retour des autres.
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Avant d’ouvrir le livre
Titre : Les Lendemains
Autrice : Mélissa Da Costa
Première publication : 2020
Éditeur d’origine : Albin Michel
Édition de poche : Le Livre de Poche, 2021
Genre : roman contemporain
Territoires principaux : Lyon et l’Auvergne
Pour entrer dans le livre : deuil · jardin · saisons · transmission · famille
Le roman aborde la mort accidentelle d’un conjoint et la perte d’un enfant à naître. Le drame a déjà eu lieu lorsqu’Amande arrive en Auvergne, mais ses circonstances et la vie qui le précédait se dévoilent dans ses souvenirs.
Le récit suit près d’une année, de l’hiver à l’automne suivant. Son rythme épouse les journées d’Amande et le calendrier du jardin. La correspondance entre les saisons et son évolution est clairement dessinée, avec une place importante accordée aux gestes quotidiens.
Amande — Vivre après Benjamin et Manon
Amande approche de la trentaine lorsqu’elle perd en quelques heures Benjamin et Manon. Elle quitte Lyon, son appartement, son travail et les personnes qui connaissent son histoire. Son installation en Auvergne répond à un besoin précis : disposer d’un lieu où elle pourra vivre son chagrin sans avoir à rassurer personne.
Benjamin apparaît par fragments. Amande se souvient de leur rencontre, de leurs conversations et de la vie familiale qu’ils commençaient à construire. Certains souvenirs font revivre des instants heureux ; d’autres rappellent brutalement ce qui ne pourra plus avoir lieu.
Manon occupe elle aussi une place précise dans le récit. Son prénom, les préparatifs de sa naissance et les projets formés autour d’elle donnent une réalité à cet enfant que le reste du monde n’a pas connu. Amande pleure son mari, sa fille et l’avenir qu’elle imaginait avec eux.
Son cheminement ne suit pas une progression régulière. Une journée plus légère peut être suivie d’un nouvel effondrement. Une date, une visite ou une réunion familiale ranime la violence de la perte. Le jardin ne supprime pas ces retours. Il donne à Amande des tâches qu’elle peut accomplir au milieu d’eux.
Personnages — Ceux qui restent présents
Autour d’Amande, plusieurs personnages vivent le même drame depuis une place différente.
Benjamin demeure présent dans les souvenirs de sa femme et dans la mémoire de ceux qui l’ont connu. Le roman le restitue à travers des scènes familières plutôt qu’à travers un portrait idéal.
Anne et Richard, ses parents, ont perdu leur fils et la petite-fille qu’ils attendaient. Ils respectent le retrait d’Amande tout en maintenant un lien avec elle. Richard veille particulièrement à ce qu’elle ne reste pas entièrement seule.
Yann et Cassandra, le frère et la belle-sœur de Benjamin, appartiennent à cette famille dont les habitudes doivent être réinventées après l’accident.
Madame Hugues, l’ancienne occupante de la maison, est déjà morte lorsqu’Amande s’y installe. Ses calendriers et son jardin conservent pourtant la trace de ses gestes.
Julie, sa fille, reconnaît dans les travaux entrepris par Amande les habitudes de sa mère. Leurs conversations autour des plantes et des recettes ouvrent la voie à une amitié qui respecte le silence et le rythme de chacune.
Une maison pour se retirer
La maison choisie par Amande est meublée, isolée et entourée d’un jardin en friche. Elle ne possède aucun attrait particulier. Sa distance avec Lyon et avec les proches d’Amande suffit à la rendre habitable.
Pendant les premières semaines, les volets restent fermés. Amande dort, pleure, mange à peine et refuse la plupart des visites. Mélissa Da Costa laisse cette période occuper plusieurs chapitres. La douleur ne devient pas immédiatement un parcours de reconstruction : elle remplit d’abord tout l’espace et toutes les heures.
Les premiers changements passent par la maison. Amande entrouvre un volet, explore une pièce, examine les objets laissés par Madame Hugues. La lumière revient avant les visiteurs. Puis elle accepte la présence du chat qui rôde dans le jardin et celle de quelques proches.
À mesure que les saisons avancent, la cuisine reprend son usage, les récoltes entrent dans la maison et la porte s’ouvre plus souvent. Ces modifications rendent visible le chemin parcouru sans effacer la fonction première du lieu : Amande y reste libre de choisir le moment où elle souhaite être seule ou recevoir quelqu’un.

Les calendriers de Madame Hugues — Des gestes transmis
Madame Hugues inscrivait sur ses calendriers les travaux accomplis dans le jardin. Elle notait les dates des semis, des plantations et des récoltes, mais aussi des observations sur le temps et quelques recettes.
Ces notes n’avaient probablement pas été pensées comme un héritage. Elles servaient à organiser une saison et à préparer la suivante. Restées dans la maison après sa mort, elles deviennent pourtant le fil qu’Amande commence à suivre.
Lorsqu’elle ne sait plus comment occuper ses journées, une indication lui propose une tâche réalisable : préparer une parcelle, tailler un arbre ou mettre des graines en terre. Elle découvre un savoir lié à ce jardin précis, acquis par Madame Hugues au fil des années.
Julie retrouve dans ces calendriers la manière de faire de sa mère. Elle voit réapparaître des plantes, des recettes et des habitudes qu’elle croyait disparues. Les deux femmes peuvent alors parler de ce qui a été transmis avant de parler de celles et ceux qu’elles ont perdus.
Mélissa Da Costa donne ainsi une place importante à une écriture quotidienne rarement conservée. Quelques mots inscrits sur des calendriers suffisent pour transmettre une connaissance du sol, des saisons et des usages du jardin.
Le jardin au fil des saisons
Amande commence par défricher. Elle prépare ensuite la terre, sème, plante, arrose et attend. Elle apprend en essayant, avec les erreurs d’une femme qui n’avait jamais cultivé de potager.
Le jardin lui impose des besoins immédiats. Une jeune pousse réclame de l’eau. Un arbre doit être taillé au bon moment. Un fruit mûr ne peut attendre indéfiniment avant d’être cueilli. Ces tâches ramènent Amande à ce qui se trouve devant elle.
Semer engage aussi un temps plus long. Le résultat du geste accompli aujourd’hui apparaîtra peut-être plusieurs semaines plus tard. Amande recommence à préparer un jour qui n’est pas encore arrivé.
Le passage des saisons accompagne étroitement son évolution. L’hiver correspond au retrait, le printemps aux premières plantations, l’été aux récoltes et l’automne au temps des conserves. Cette construction donne au roman sa douceur et sa lisibilité. Elle pourra sembler appuyée aux lecteurs qui préfèrent des récits plus elliptiques.
Les pages les plus sensibles s’attachent aux travaux eux-mêmes : la fatigue du corps, la terre sous les doigts, l’inquiétude devant une plante fragile et la satisfaction d’utiliser les premiers légumes. La récolte peut ensuite être cuisinée, offerte et partagée. Le retour vers les autres commence autour de ces gestes simples.

Les lieux du roman — De Lyon à une maison en Auvergne
Lyon appartient à la vie qu’Amande partageait avec Benjamin : leur appartement, leurs proches, le travail et les activités de son mari. La ville revient surtout dans ses souvenirs et lors de quelques déplacements. Elle concentre tout ce qu’elle ne peut plus affronter au début du roman.
La maison auvergnate est située à l’écart, sans commune précisément nommée. Son isolement permet à Amande de rompre avec ses habitudes et de suivre directement les variations du temps et des saisons.
Le jardin devient le lieu principal du récit. Potager, arbres fruitiers, fleurs et plantes sauvages apparaissent au fur et à mesure qu’Amande apprend à les reconnaître. Cette terre porte encore l’organisation pensée par Madame Hugues. Amande reprend donc un jardin qui possède déjà une histoire.
Le roman ne dessine aucun itinéraire géographique. Ses lieux restent privés et quotidiens : un appartement quitté, une maison louée, une cuisine et une parcelle cultivée.
À propos de Mélissa Da Costa
Mélissa Da Costa publie Tout le bleu du ciel, son premier roman, en 2019. Les Lendemains paraît l’année suivante. Ces deux livres rencontrent rapidement un large public, porté notamment par les libraires et les recommandations entre lecteurs.
Ses romans suivent fréquemment des personnages dont la vie a été interrompue par la maladie, le deuil, un accident ou une relation destructrice. Elle les accompagne sur une durée assez longue et accorde une place importante à leur entourage.
Les lieux participent directement à ces cheminements : un voyage dans Tout le bleu du ciel, un hôtel de montagne dans Je revenais des autres, une maison et un jardin dans Les Lendemains. Ils fournissent aux personnages de nouvelles habitudes et modifient les relations qu’ils entretiennent avec ceux qui les entourent.
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Pourquoi lire Les Lendemains aujourd’hui ?
Les Lendemains raconte le deuil à travers la matière ordinaire des journées. La douleur coexiste avec les repas, les démarches, l’inquiétude des proches et les tâches qui continuent de réclamer une attention.
Le roman accorde également une place précieuse aux savoirs domestiques et horticoles. Tenir un calendrier, conserver des graines, entretenir un arbre ou noter une recette constituent un héritage discret. Madame Hugues transmet à Amande une expérience qu’elle n’avait jamais imaginé léguer à une inconnue.
La grande accessibilité du récit explique aussi son succès. Mélissa Da Costa suit les émotions de son personnage au plus près et construit un parcours très lisible. Cette simplicité pourra apporter du réconfort à certains lecteurs ; d’autres trouveront la symbolique des saisons et de la renaissance plus prévisible.
Le livre reste particulièrement juste lorsqu’il montre qu’Amande ne revient pas à la vie qu’elle menait auparavant. Elle apprend à habiter une existence où Benjamin et Manon conservent leur place.
Pour quel lecteur ?
Les Lendemains pourra particulièrement toucher :
- les lecteurs sensibles aux récits de reconstruction ;
- ceux qui aiment les romans attentifs aux gestes quotidiens ;
- les lecteurs intéressés par le jardin, les saisons et la transmission ;
- ceux qui apprécient une écriture accessible et très proche des émotions ;
- les lecteurs qui recherchent un récit grave porté par une progression lumineuse.
À savoir avant de commencer : le roman évoque la mort accidentelle d’un conjoint et la perte d’un enfant à naître. Son rythme reste lent dans la première partie et sa construction suit très clairement les saisons.
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