Rome, au début des années 1950.
À quelques kilomètres des palais, des églises et des places qui ont façonné son image dans le monde, une autre ville s’étend. Des borgate entourent la capitale, séparées du centre par des terrains encore peu construits. Certaines sont nées des déplacements de population organisés sous le fascisme ; d’autres grandissent avec l’arrivée de nouveaux habitants et la crise du logement de l’après-guerre.
Pier Paolo Pasolini découvre cette Rome lorsqu’il s’installe dans la capitale en 1950.
Il en apprend les rues, les terrains vagues, les cours d’eau et surtout la langue.
Cinq ans plus tard, Ragazzi di vita, publié en français sous le titre Les Ragazzi, fait entrer dans la littérature Riccetto, Marcello, Agnolo, Genesio et les autres garçons de ces périphéries.
Leur Rome est immense.
Ils passent de Donna Olimpia aux rives du Tibre, traversent des zones en chantier, fréquentent la Tiburtina, Pietralata et les quartiers de l’est, rejoignent l’Aniene. La rue constitue leur principal territoire et les fleuves leurs grands espaces de liberté, de sociabilité et parfois de danger.
Cette géographie a presque entièrement changé.
Les borgate ont été absorbées par la croissance de Rome. Des terrains vagues ont été construits. Des routes ont changé d’échelle. Des quartiers autrefois rejetés aux limites de la capitale appartiennent désormais pleinement à son tissu urbain. La documentariste Cecilia Mangini, qui filma ces périphéries à l’époque de Pasolini, rappelle combien elles étaient alors physiquement séparées du centre par un vaste espace vide.
Parcourir aujourd’hui la Rome des Ragazzi revient donc à suivre une géographie en partie disparue.
C’est précisément ce qui rend le voyage intéressant.
→ Lire notre article consacré aux Ragazzi de Pier Paolo Pasolini
Comprendre les borgate avant de partir
Le mot borgata ne désigne pas simplement une banlieue.
Dans la Rome du XXe siècle, il renvoie notamment à des quartiers périphériques construits ou développés pour accueillir des populations modestes, dont certaines avaient été expulsées des quartiers centraux transformés par les grands travaux du régime fasciste.
Ces territoires se trouvent alors très loin de la ville constituée.
Cecilia Mangini décrit un véritable anneau vide séparant des borgate comme Tiburtino III ou Casal Bertone du centre de Rome. Les habitants déplacés ont perdu avec leur ancien quartier une partie de leurs réseaux sociaux, professionnels et familiaux.
Lorsque Pasolini arrive à Rome, il ne regarde donc pas une périphérie semblable à celle que nous connaissons aujourd’hui.
Il découvre des morceaux de ville séparés de la ville.
Cette distinction éclaire Les Ragazzi.
Les garçons passent énormément de temps dehors parce que la rue, les terrains libres, les chantiers, les marane et les cours d’eau composent une grande partie de leur univers quotidien.
La ville de Pasolini est une géographie vécue par le corps.
On marche.
On court.
On prend le tram.
On cherche quelques lires.
On traverse Rome.
On se baigne.
Et les distances sociales ne correspondent pas toujours aux distances mesurées sur une carte.
Le parcours en un regard
2 jours — de Donna Olimpia aux périphéries de l’est
Jour 1 — Riccetto, le Tibre et Donna Olimpia
Monteverde → Donna Olimpia → anciens Prati del Papa → Tibre
Cette première journée permet de retrouver certains des territoires les plus directement associés à Ragazzi di vita : le quartier de Donna Olimpia, le Ferrobedò du premier chapitre et les espaces autrefois ouverts qui descendaient vers le Tibre. Les études consacrées à la géographie du roman identifient notamment Monteverde, Donna Olimpia, Viale Quattro Venti et le secteur du Gazometro parmi ses territoires.
Jour 2 — La Rome des borgate
Tiburtina → Pietralata → Ponte Mammolo → Rebibbia → Aniene
La deuxième journée gagne les périphéries orientales où Pasolini découvre une partie du monde social et linguistique qui nourrit ses premiers romans romains. Pietralata est davantage présente dans Une vie violente que dans Les Ragazzi ; cette distinction est importante pour ne pas confondre la géographie du livre avec l’ensemble de la Rome pasolinienne.

Le premier jour suit Donna Olimpia jusqu’au Tibre ; le second gagne les anciennes périphéries orientales, de la Tiburtina à l’Aniene.
Deux jours pour retrouver la Rome des Ragazzi : des quartiers populaires de Monteverde aux anciennes borgate de l’est, en suivant les rues, les terrains et les cours d’eau qui structuraient leur manière de vivre la ville.
Jour 1 — Donna Olimpia, entrer dans la Rome de Riccetto
Le parcours commence à Monteverde, sur la rive droite du Tibre.
Pasolini s’installe dans le quartier après ses premières années romaines difficiles. Il habite d’abord Via Fonteiana, puis Via Giacinto Carini.
Mais la géographie littéraire se trouve plus bas.
Autour de Donna Olimpia, les grands ensembles populaires et les espaces encore en chantier fournissent une partie du territoire de Riccetto et de ses compagnons.
Le premier chapitre de Ragazzi di vita porte le nom de Ferrobedò, déformation populaire de Ferrobeton, entreprise implantée dans ce secteur. Les ragazzi fréquentent ses chantiers et les espaces qui les entourent.
Cette précision dit beaucoup de Pasolini.
Il ne transforme pas la périphérie en décor indéfini.
Il enregistre des noms.
Des entreprises.
Des voies.
Des expressions.
Des manières de prononcer.
La géographie et la langue procèdent du même geste : faire entrer dans le livre ce que la littérature italienne dominante entend et regarde encore peu.
Donna Olimpia : ce que la ville a conservé
Le quartier contemporain permet encore de comprendre certaines structures urbaines de cette Rome populaire.
Les immeubles sont là.
Les rues aussi.
Mais leur environnement n’est plus celui que Riccetto traverse.
Dans les années 1950, Monteverde domine vers le Tibre des espaces beaucoup moins construits. Pasolini évoque les escarpements, les terrains ouverts, les roseaux, l’eau et les infrastructures en chantier. Le pont Marconi lui-même n’est achevé qu’en 1953.
Aujourd’hui, la continuité urbaine rend difficile d’imaginer ces distances.
C’est l’un des phénomènes qui accompagnera tout le voyage : les lieux sont encore là, mais les vides qui les séparaient ont disparu.
Descendre vers les anciens Prati del Papa
Depuis les hauteurs de Monteverde, la descente vers le Tibre permet de mesurer cette transformation.
Les Prati del Papa formaient autrefois une vaste zone ouverte entre Monteverde et le fleuve.
Le paysage décrit dans l’univers de Pasolini associait terrains, végétation spontanée, activités industrielles, eau et chantiers.
L’urbanisation a depuis largement rempli cet espace.
Le voyage littéraire devient ici une lecture du paysage contemporain.
Un immeuble récent peut occuper un ancien terrain ouvert.
Une grande voie de circulation peut traverser un espace autrefois parcouru à pied.
Une infrastructure achevée depuis des décennies apparaît dans le roman au moment de sa construction.
La ville actuelle n’efface pas le livre.
Elle permet de mesurer le temps qui nous en sépare.
Le Tibre, retrouver l’espace des ragazzi
Le fleuve donne une respiration différente au parcours.
Dans Les Ragazzi, les cours d’eau comptent parmi les lieux de rassemblement privilégiés des garçons. Le Tibre et l’Aniene apparaissent comme des espaces de baignade, de jeu et de déplacement, mais aussi de danger.
Cette relation à l’eau est physique.
Les ragazzi n’admirent pas le fleuve depuis une terrasse.
Ils entrent dans son territoire.
Ils connaissent ses berges.
Ils évaluent ses courants.
Ils y jouent avec leur corps.
Le contraste avec la Rome monumentale est frappant.
Le Tibre touristique accompagne les palais et les ponts historiques.
Celui de Pasolini appartient davantage aux marges, aux terrains et aux usages ordinaires.
Retrouver aujourd’hui exactement les paysages du roman serait illusoire.
Mais marcher le long du fleuve permet encore de comprendre pourquoi l’eau pouvait ouvrir, au milieu d’une ville socialement contrainte, un espace provisoire d’aventure et de liberté.

Pour les ragazzi, le fleuve appartient à la ville quotidienne : espace de jeu, de déplacement et de liberté, il reste aussi un milieu physique dont les dangers sont bien réels.
Une ville industrielle presque effacée
Depuis certains secteurs du fleuve, le Gazometro rappelle une autre dimension de la Rome d’après-guerre.
Le secteur industriel de San Paolo-Ostiense se trouvait en relation avec les entreprises et les chantiers présents de l’autre côté du Tibre. Les recherches consacrées au premier chapitre de Ragazzi di vita soulignent cette continuité entre Ferrobeton, les activités de Monteverde et la zone industrielle dont subsistent aujourd’hui quelques grands témoins, notamment le Gazometro et la Centrale Montemartini.
Cette dimension industrielle compte dans le roman.
Les ragazzi vivent aux marges d’une société qui travaille, produit et reconstruit.
Ils récupèrent parfois ce qu’elle abandonne.
Cherchent des possibilités autour de ses chantiers.
Circulent à proximité de ses infrastructures.
Rome est alors en train de devenir une métropole moderne.
Pasolini observe ceux qui restent dans les interstices de cette modernisation.
Jour 2 — Vers la Tiburtina
La deuxième journée change complètement de territoire.
Direction l’est de Rome.
La Via Tiburtina constitue l’un des grands axes de cette géographie périphérique.
Aujourd’hui, routes, immeubles, métro, commerces et infrastructures composent une continuité urbaine.
Dans les premières années romaines de Pasolini, rejoindre ces secteurs signifiait s’éloigner nettement de la ville centrale.
C’est ici que l’écrivain vit lui-même une partie de son apprentissage de Rome.
Après un premier hébergement près du quartier juif, Pasolini et sa mère s’installent dans une habitation très modeste près de Ponte Mammolo et Rebibbia, Via Giovanni Tagliere. Il découvre alors de près la vie des borgate et le romanesco qui nourriront son écriture.
Le voyage rejoint donc simultanément deux histoires :
celle des personnages de Pasolini ;
et celle de l’écrivain qui apprend à les raconter.
Pietralata, une borgata devenue quartier
Pietralata mérite une étape, avec une précaution.
Le quartier appartient fortement à l’univers romain de Pasolini, mais il structure davantage Une vie violente que Ragazzi di vita. Le Centre d’études Pier Paolo Pasolini le précise : Pietralata sert principalement de cadre au second roman et, dans une moindre mesure, au premier.
Cette nuance rend l’étape plus intéressante.
Elle permet de comprendre que « la Rome de Pasolini » ne correspond pas à la carte d’un seul livre.
Les romans partagent certains territoires.
D’autres lieux appartiennent davantage à une œuvre.
D’autres encore sont liés à la vie de l’auteur ou à ses films.
Pietralata aide ainsi à replacer Les Ragazzi dans un ensemble littéraire plus vaste sans lui attribuer artificiellement toute la géographie pasolinienne.
Le quartier contemporain s’est profondément transformé.
Les anciennes constructions de borgata et les terrains qui les entouraient ont largement disparu. Des parcours culturels actuels consacrés à Pasolini utilisent précisément cette transformation pour confronter les anciennes descriptions de Pietralata et Tiburtino III au paysage urbain actuel.

Le paysage décrit dans les premiers romans romains de Pasolini s’est largement effacé. L’ancienne périphérie appartient désormais à la continuité urbaine de Rome.
Ponte Mammolo et Rebibbia, là où Pasolini apprend Rome
Plus à l’est, Ponte Mammolo et Rebibbia permettent de se rapprocher de l’expérience personnelle de Pasolini.
Via Giovanni Tagliere rappelle l’une de ses premières adresses romaines.
L’habitation était extrêmement modeste. Pasolini vivait alors avec sa mère dans des conditions difficiles et se rendait à Ciampino pour enseigner. Cecilia Mangini se souvenait encore de la pauvreté de cette maison lorsqu’elle la visita des années plus tard.
L’importance du lieu est surtout intellectuelle et linguistique.
C’est au contact de ces périphéries que Pasolini découvre un monde populaire romain très différent du Frioul qu’il vient de quitter.
Il écoute.
Il apprend le dialecte.
Il rencontre ceux qui l’emploient.
La ville de Rome organise encore aujourd’hui à Ponte Mammolo des promenades historico-littéraires associant des lectures de Ragazzi di vita à l’histoire du quartier et à l’ancienne maison de Pasolini.
Cette étape permet donc de comprendre quelque chose que le roman seul ne montre pas :
avant d’écrire la langue des ragazzi, Pasolini a dû l’apprendre.
L’Aniene, l’autre fleuve des Ragazzi
Le parcours peut se terminer près de l’Aniene.
Le fleuve appartient pleinement à la géographie des garçons.
Les ragazzi s’y retrouvent et s’y baignent. Dans les derniers mouvements du roman, l’eau acquiert une dimension beaucoup plus sombre avec la mort de Genesio. Les parcours contemporains consacrés aux œuvres romaines de Pasolini associent encore Pietralata et Tiburtino III aux marane, aux bains dans l’Aniene et aux paysages aujourd’hui largement transformés.
Le rapprochement avec le Tibre de la veille est éclairant.
Deux cours d’eau.
Deux territoires de liberté.
Deux espaces qui échappent momentanément aux logements exigus et aux rues des borgate.
Mais Pasolini ne transforme jamais complètement la nature en refuge.
Le danger reste présent.
L’eau qui permet de jouer peut tuer.
Cette ambivalence donne au fleuve une place beaucoup plus profonde qu’un simple élément de décor.

À l’est de Rome, l’eau retrouve une place centrale dans la géographie des garçons. Le paysage contemporain mêle désormais rivière, végétation et ville métropolitaine.
Et le Mandrione, Torpignattara, Primavalle ?
Ils appartiennent incontestablement à la Rome de Pasolini.
Mais les ajouter au parcours principal brouillerait la logique de cet article.
Torpignattara et le Mandrione sont associés aux fréquentations de Pasolini, à son travail, à Sergio Citti, à d’autres textes et à son cinéma. Des parcours contemporains y suivent également certains déplacements de Riccetto et de ses compagnons, notamment autour de Torpignattara et de la Marranella.
Primavalle appartient également à son expérience des borgate.
Ces territoires méritent d’être connus.
Ils ne sont simplement pas nécessaires pour comprendre Les Ragazzi en deux jours.
Les intégrer tous transformerait un itinéraire littéraire en inventaire de la Rome pasolinienne.
La distinction est importante.
Une Rome qui a englouti ses propres marges
Le phénomène devient particulièrement visible après ces deux journées.
Dans les années 1950, la périphérie de Pasolini se définit aussi par ce qui la sépare du centre.
Des terrains.
Des champs.
Des zones mal urbanisées.
Des infrastructures inachevées.
Des distances difficiles à franchir.
Aujourd’hui, la ville a rempli une grande partie de ces intervalles.
Cecilia Mangini résumait cette transformation avec une grande clarté : Rome a fini par absorber les borgate autrefois séparées d’elle.
Cette disparition physique modifie notre lecture du mot « périphérie ».
Pietralata est desservie par le métro.
Rebibbia possède son terminus de ligne.
Monteverde appartient à une Rome résidentielle recherchée.
Le Pigneto, autre territoire fortement associé à Pasolini, a connu une transformation sociale et culturelle spectaculaire.
Les marges se sont déplacées.
C’est peut-être l’enseignement territorial le plus fort du voyage : une périphérie n’est pas un lieu fixe sur une carte. Elle est produite par une ville à un moment de son histoire.
Lire Pasolini sans transformer les borgate en décor
Cette transformation appelle aussi une certaine vigilance.
Les borgate de Pasolini peuvent facilement devenir pittoresques avec le recul.
Terrains vagues.
Gamineries.
Dialecte.
Baignades dans le fleuve.
Vie dans la rue.
Cette image serait incomplète.
Ces territoires sont aussi liés à l’exclusion, aux déplacements forcés de populations, à la pauvreté des logements et à l’éloignement des services et des emplois. Cecilia Mangini insistait précisément sur la violence sociale produite par le déplacement des familles vers ces quartiers.
Pasolini lui-même porte sur ce monde un regard complexe.
Il admire sa vitalité et sa langue.
Plus tard, il regrettera profondément la disparition de certaines cultures populaires sous l’effet de la société de consommation.
Le voyage permet de conserver cette tension.
Il reste possible d’être sensible à la puissance littéraire des borgate sans souhaiter le retour des conditions sociales qui les ont produites.
Informations pratiques
🚆 Rejoindre Rome
Rome est facilement accessible en train et le parcours ne nécessite aucune voiture. Les transports publics sont même particulièrement adaptés à cet itinéraire dispersé.
🚇 Comment parcourir la Rome des Ragazzi ?
Le parcours alterne métro, bus, tram et marche. Monteverde et Donna Olimpia se découvrent principalement à pied. Les transports publics permettent ensuite de rejoindre les secteurs de la Tiburtina, Pietralata, Ponte Mammolo et Rebibbia.
🗓️ Combien de temps ?
Deux jours / deux nuits offrent le meilleur équilibre. Une journée pour Monteverde, Donna Olimpia et le Tibre ; une seconde pour les périphéries orientales et l’Aniene.
👟 Combien marcher ?
Les distances à l’intérieur de chaque secteur restent adaptées à la marche, mais l’ensemble de la géographie pasolinienne est trop dispersé pour être parcouru intégralement à pied. L’intérêt vient davantage de longues séquences dans quelques quartiers que de la multiplication des étapes.
🏡 Où dormir ?
Il n’est pas nécessaire de dormir dans l’un des quartiers du roman. Un hébergement bien relié au métro ou aux lignes de tram facilite davantage ce voyage. Monteverde peut néanmoins constituer une base agréable pour prolonger la première journée.
🌤️ Quand partir ?
Le printemps et l’automne sont les saisons les plus agréables pour un parcours très urbain et largement pédestre. Les berges et les espaces ouverts deviennent moins confortables pendant les fortes chaleurs estivales.
🌊 Tibre et Aniene
Les usages contemporains des berges ne correspondent plus à ceux décrits par Pasolini. Les baignades des ragazzi appartiennent au monde du roman et ne constituent pas une pratique à reproduire.
📚 À emporter
Les Ragazzi permet de retrouver les noms et les déplacements au fil du parcours. Une vie violente constitue le prolongement le plus pertinent pour Pietralata et les périphéries orientales.
Construire son propre voyage dans la Rome des Ragazzi
Parcours essentiel — 1 jour
Matin
Monteverde → Donna Olimpia → géographie du Ferrobedò
Après-midi
Descente vers le Tibre → anciens Prati del Papa → berges du fleuve
Cette version reste la plus directement liée à Ragazzi di vita et permet de privilégier la marche.
Parcours approfondi — 2 jours
Jour 1 — Riccetto et le Tibre
Monteverde → Donna Olimpia → anciens Prati del Papa → Tibre
Jour 2 — Les borgate de l’est
Tiburtina → Pietralata → Ponte Mammolo → Rebibbia → Aniene
La deuxième journée élargit le regard à la formation de l’univers romain de Pasolini et permet de comprendre comment ses différents romans se répondent à travers la géographie des périphéries.
De Donna Olimpia aux rives de l’Aniene, la Rome des Ragazzi apparaît dans l’écart entre les borgate des années 1950 et les quartiers qui les ont remplacées.
Ce que Rome révèle des Ragazzi
Il reste peu de chances, au terme du voyage, de voir les périphéries romaines comme de simples décors du roman.
La géographie explique une partie de la vie des personnages.
Les logements modestes repoussent une partie de la sociabilité dans la rue.
L’éloignement du centre crée d’autres espaces de circulation.
Les terrains ouverts deviennent des territoires de jeu et de débrouille.
Les chantiers offrent des matériaux à récupérer et parfois des possibilités de travail.
Le Tibre et l’Aniene ouvrent des espaces où les corps semblent momentanément plus libres.
Et la langue elle-même épouse cette géographie.
C’est aussi ce que Cecilia Mangini avait perçu lorsqu’elle découvrit Ragazzi di vita : Pasolini regardait les borgate depuis la génération des fils, ceux qui y avaient grandi, plutôt que seulement depuis celle des parents déplacés vers ces périphéries.
Aujourd’hui, ces mêmes lieux racontent une autre histoire.
Donna Olimpia est intégrée à Monteverde.
Pietralata est devenue un quartier de la métropole.
Le métro arrive à Rebibbia.
La continuité urbaine a remplacé une partie des vides.
Le voyage fait ainsi apparaître deux cartes superposées.
La première est celle des ragazzi.
La seconde est celle d’une ville qui a grandi jusqu’à absorber les territoires où ils vivaient.
Entre les deux se trouve une transformation majeure de l’Italie du XXe siècle.
C’est là que le roman de Pasolini retrouve toute sa force.
Le livre qui a inspiré cet itinéraire littéraire

La jeunesse des borgate romaines dans une capitale populaire profondément transformée par l’après-guerre.
Pour aller plus loin
Les Ragazzi — Pier Paolo Pasolini
Riccetto et les autres garçons permettent d’entrer dans la Rome périphérique de l’après-guerre, à travers sa langue, ses rues, ses cours d’eau et une économie quotidienne de la débrouille.
→ Lire Les Ragazzi de Pier Paolo Pasolini
Pier Paolo Pasolini
La future page auteur permettra de replacer Les Ragazzi dans une œuvre où Rome passe progressivement du roman à la poésie, au cinéma et à une réflexion de plus en plus critique sur la transformation de la société italienne.
→ Découvrir Pier Paolo Pasolini (page à venir)
La Storia — Elsa Morante
Pietralata apparaît également dans le roman de Morante, quelques années plus tôt, comme territoire de refuge pour les personnes déplacées par les bombardements. Lire les deux œuvres permet de voir un même morceau de Rome changer de fonction et de regard.
→ Lire La Storia d’Elsa Morante
Sur les traces de La Storia
De San Lorenzo à Pietralata puis de la Rome juive à Testaccio, l’itinéraire consacré à Morante permet de retrouver la capitale pendant la guerre et les premières années de l’après-guerre.
→ Sur les traces de La Storia : Rome à hauteur d’Ida et d’Useppe
Lire l’Italie à travers ses territoires
Les borgate montrent avec une force particulière comment urbanisme, déplacements de population, langue et littérature peuvent raconter ensemble la transformation d’un territoire.
→ Lire l’Italie à travers ses territoires (page à venir)
Itinéraires littéraires en Italie
La Rome de Pasolini rejoint la Lombardie de Manzoni, la Sicile de Lampedusa, la Basilicate de Carlo Levi, la Ferrare de Bassani et la Rome de Morante dans une géographie littéraire de l’Italie construite à hauteur de territoire.
→ Découvrir les itinéraires littéraires en Italie




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