Ce que nos choix de lecture disent de nous : Pourquoi lisons-nous des histoires de Noël ?

12 Déc 2024 | Regards sur la lecture

À l’approche de décembre, certains livres reviennent sur les tables des librairies et dans les bibliothèques familiales. On relit Un chant de Noël, on choisit un album à partager avec un enfant, on emporte un roman policier situé pendant les fêtes ou l’on se laisse tenter par une histoire dont la couverture annonce déjà la neige et les maisons éclairées.

Ces lectures peuvent être chaleureuses, inquiétantes, drôles ou mélancoliques. Noël y réunit parfois une famille. Ailleurs, il révèle une solitude, réveille un souvenir ou fait ressortir les tensions que chacun s’efforçait de contenir.

Pourquoi recherchons-nous certaines histoires précisément à cette période de l’année ? Elles nous font entrer dans la saison avant même que les fêtes commencent. Elles donnent aussi une forme à ce que nous en attendons.


Noël raconté d’un pays à l’autre
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Retrouver une histoire dont nous connaissons déjà le chemin

Une lecture de Noël est souvent une relecture. Nous connaissons la transformation de Scrooge, le destin de la petite fille aux allumettes ou le voyage nocturne de certains héros d’albums. Nous n’ouvrons plus le livre pour découvrir sa fin.

Nous y revenons comme nous retrouvons une musique, une recette ou un objet associé à cette période de l’année. Le texte prend place dans notre calendrier.

La relecture révèle aussi ce qui a changé depuis la première découverte. Un conte lu pendant l’enfance ne produit pas nécessairement le même effet plusieurs décennies plus tard. L’adulte remarque la pauvreté, l’exclusion ou les rapports sociaux que l’enfant avait laissés à l’arrière-plan. Il devient parfois plus attentif aux personnages isolés qu’aux éléments merveilleux.

Un chant de Noël accompagne particulièrement bien ce déplacement du regard. Derrière les esprits et les repas de fête, Dickens confronte Scrooge à ce qu’il avait cessé de regarder : son propre passé, les conditions de vie de ceux qui l’entourent et les conséquences de son indifférence.

L’histoire reste la même. Le lecteur, lui, ne revient jamais tout à fait à la même place.

Entrer dans la saison par les livres

Quelques éléments suffisent pour installer Noël dans un récit : une nuit précoce, une rue éclairée, un paquet encore fermé, une maison dans laquelle plusieurs générations doivent se retrouver. Le lecteur reconnaît la saison avant même qu’elle soit nommée.

Ces scènes correspondent rarement en tous points à la vie de ceux qui les lisent. Dans une grande partie de l’Europe, la neige reste incertaine en décembre. Toutes les familles ne se rassemblent pas autour d’une longue table. Les fêtes n’ont ni les mêmes usages ni la même importance dans chaque foyer.

Les livres, les films et les illustrations ont pourtant rendu certains décors familiers bien au-delà de leur territoire d’origine. Casse-Noisette en témoigne. Le conte allemand d’E. T. A. Hoffmann a été réécrit en français par Alexandre Dumas, puis transformé en ballet sur une musique de Tchaïkovski. En circulant d’une langue et d’un art à l’autre, l’histoire a rejoint l’imaginaire de Noël de nombreux pays.

Les lectures saisonnières nous plongent donc dans un décor déjà connu, même lorsque nous ne l’avons jamais vécu. Elles montrent aussi comment cet imaginaire s’est constitué, œuvre après œuvre et adaptation après adaptation.

Quand Noël rend les relations plus évidentes

Les récits de Noël placent souvent leurs personnages dans un temps resserré. Un repas se prépare, une personne est attendue, un cadeau doit être choisi ou un voyage entrepris. Les relations deviennent alors plus difficiles à esquiver.

Dans les romances, la saison favorise les rapprochements. Dans les romans familiaux, elle fait remonter les désaccords et les souvenirs. Dans les récits policiers, la maison où se retrouvent plusieurs proches devient un espace clos, propice aux secrets et aux faux-semblants.

Les livres destinés aux enfants abordent eux aussi la peur d’être oublié, de rester seul ou de perdre ce que l’on aime. Le merveilleux côtoie fréquemment l’inquiétude.

La Petite Fille aux allumettes en donne une illustration très sombre. Le conte d’Andersen montre une enfant seule dans une ville qui poursuit ses préparatifs sans la voir. Les visions lumineuses qu’elle aperçoit soulignent tout ce dont elle est privée. Sa présence durable parmi les lectures hivernales rappelle que la fête rend plus visible la situation de ceux qui en restent à l’écart.

Les histoires de Noël accueillent donc des expériences très différentes : le plaisir des retrouvailles, la fatigue des obligations, le poids d’une absence ou l’écart entre la fête attendue et celle qui a réellement lieu.

Choisir une forme de lecture familière

Tous les lecteurs ne cherchent pas la même expérience en ouvrant un livre de Noël. Certains reviennent vers un classique dont ils connaissent la langue et les personnages. D’autres choisissent une romance, une enquête ou un album à lire à voix haute.

Le moment disponible influence aussi ce choix. Les semaines de décembre peuvent être chargées. Une histoire construite autour de codes facilement reconnaissables permet d’entrer rapidement dans la lecture.

Chaque genre établit ses propres repères. La romance annonce une rencontre ou un rapprochement. Le conte prépare une épreuve et une transformation. Le roman policier utilise le calme apparent des fêtes pour faire surgir le désordre. Le lecteur sait à peu près quel chemin lui est proposé, sans connaître chaque détour.

Cette familiarité peut constituer une raison suffisante pour choisir un livre. À certaines périodes, nous recherchons une œuvre qui nous déplace. À d’autres, nous préférons reconnaître le terrain sur lequel nous avançons.

Noël est aussi une saison éditoriale

Les livres associés à Noël arrivent en nombre dans les librairies dès l’automne. Les éditeurs publient de nouvelles romances, rééditent des classiques, préparent des albums illustrés et donnent parfois une apparence saisonnière à des textes plus anciens.

Les couvertures rendent ces ouvrages immédiatement identifiables. Une rue sous la neige, une fenêtre éclairée ou quelques détails dorés suffisent à annoncer la promesse. Ces repères facilitent le choix, mais finissent aussi par donner une apparence semblable à des textes très différents.

La place accordée aux livres pendant les fêtes varie selon les pays. En Islande, le Jólabókaflóð correspond à la concentration des nouvelles parutions durant les mois qui précèdent Noël. Les catalogues circulent, les nouveautés sont commentées et de nombreux livres sont choisis pour être offerts. La période appartient autant à la vie éditoriale du pays qu’aux habitudes familiales.

Le livre offert prolonge cette relation entre lecture et fête. Le choisir suppose de se souvenir des goûts de quelqu’un, d’une conversation ou d’un voyage projeté. Il arrive aussi que l’on transmette un titre que l’on a soi-même aimé. Le destinataire reste libre de le lire immédiatement, de le laisser attendre ou de le confier un jour à une autre personne.

Ce que ces lectures racontent de nous

Une histoire de Noël peut accompagner l’entrée dans l’hiver, rappeler une lecture d’enfance, donner une place à une absence ou offrir quelques heures dans un univers familier. Le même livre peut remplir plusieurs de ces rôles au fil des années.

Ces récits présentent aussi la fête depuis des positions différentes. L’enfant qui attend, l’adulte débordé, la personne isolée et la famille réunie ne vivent pas le même Noël. La littérature place leurs expériences dans un même paysage saisonnier, sans les confondre.

Les images de neige, de lumière et de maisons ouvertes ne suffisent donc pas à expliquer notre attachement à ces livres. Nous y retrouvons des attentes, des souvenirs et parfois la distance qui sépare la fête imaginée de la vie réelle.

Choisir un livre de Noël, c’est aussi choisir la manière dont nous souhaitons traverser cette période : en retrouvant une histoire connue, en entrant dans une intrigue légère, en partageant une lecture ou en regardant autrement les scènes familières du mois de décembre.


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Les livres qui ont inspiré cet article

Un chant de Noël — Charles Dickens
À travers la transformation de Scrooge, Dickens interroge la solitude, l’indifférence et la responsabilité envers les autres. Le conte montre comment une histoire de Noël peut conjuguer familiarité, critique sociale et possibilité de changement.

La Petite Fille aux allumettes — Hans Christian Andersen
Ce conte place une enfant exclue face aux lumières et aux repas qu’elle aperçoit sans pouvoir les rejoindre. Il rappelle que les récits de fêtes donnent aussi une place à l’absence, à la pauvreté et à ceux que la célébration laisse au-dehors.

Le Noël d’Hercule Poirot — Agatha Christie
La réunion familiale de Noël devient ici un huis clos traversé par les rancœurs, les secrets et les rapports de pouvoir. Le roman illustre la manière dont le récit policier détourne le décor rassurant des fêtes pour en révéler les tensions.

Couverture du livre Un chant de Noël de Charles Dickens
Charles Dickens confronte Scrooge à son passé, à la vie de ceux qui l’entourent et aux conséquences de son indifférence dans un conte devenu indissociable de Noël.
Couverture du livre La Petite Fille aux allumettes de Hans Christian Andersen
Hans Christian Andersen place une enfant seule face aux lumières de la fête, dans un conte qui rend visible la situation de ceux que la célébration laisse à l’écart.
Couverture du livre Le Noël d’Hercule Poirot d’Agatha Christie
Agatha Christie transforme une réunion familiale de Noël en huis clos traversé par les rancœurs, les secrets et les rapports de pouvoir.

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