Hadrien sait qu’il va mourir.
Son médecin vient de l’examiner dans sa villa de Tibur. L’empereur n’attend plus de guérison. À soixante ans, celui qui a parcouru une grande partie du monde romain, commandé des armées, administré un empire immense et fait bâtir villes, temples et fortifications commence à regarder sa propre vie comme un territoire dont il faut une dernière fois mesurer les contours.
Il écrit à Marc Aurèle.
Le jeune homme n’est pas encore empereur. Hadrien s’adresse à celui qui, après Antonin, devra un jour assumer à son tour le pouvoir.
Commence alors une longue remontée dans le temps.
L’Espagne de son enfance. Rome. Athènes. Les campagnes militaires de Trajan. L’accession au pouvoir. Les provinces parcourues. La Grèce aimée. L’administration de l’Empire. Jérusalem. L’Égypte.
Et Antinoüs.
Marguerite Yourcenar choisit une forme vertigineuse : écrire à la première personne comme si l’empereur Hadrien, mort en 138, pouvait reprendre possession de sa propre conscience.
Elle travaille à ce livre pendant près d’un quart de siècle avant sa publication chez Plon en 1951. Son ambition n’est pas simplement de raconter le règne d’un empereur romain. Elle cherche à reconstituer un homme qui, arrivé au terme de sa vie, tente de comprendre ce qu’il a fait de son pouvoir, de son corps, de ses désirs et du temps qui lui a été donné.
C’est pourquoi Mémoires d’Hadrien dépasse si largement le roman historique.
L’Empire romain en fournit l’espace.
Hadrien en fournit la voix.
Mais la question appartient à toutes les époques : que comprend-on de sa propre vie lorsqu’il devient impossible de la recommencer ?
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Avant d’ouvrir le livre
Titre : Mémoires d’Hadrien
Autrice : Marguerite Yourcenar
Première publication : 1951, chez Plon
Genre : roman historique, mémoires fictifs
Époque du récit : Ier et IIe siècles apr. J.-C.
Narrateur : l’empereur Hadrien
Destinataire : Marc Aurèle
Territoires principaux : Rome, Tibur, Athènes, Asie Mineure, Syrie, Judée, Égypte et différentes provinces de l’Empire romain
Personnages historiques majeurs : Hadrien, Antinoüs, Trajan, Plotine, Sabine, Marc Aurèle
Thèmes : pouvoir, gouvernement, amour, corps, voyage, culture grecque, guerre, paix, vieillesse, mort, mémoire
Le livre paraît en 1951 après une genèse exceptionnellement longue. Yourcenar avait commencé à travailler autour d’Hadrien dès sa jeunesse, puis abandonné plusieurs versions avant de reprendre systématiquement le projet à partir de 1948.
Les éditions actuelles comprennent généralement les « Carnets de notes de Mémoires d’Hadrien », qui permettent de comprendre une partie de cette construction. Ils n’étaient pas présents dans l’édition originale de 1951 et furent ajoutés ultérieurement.
Hadrien : entrer dans la conscience d’un empereur
Hadrien n’écrit pas l’histoire officielle de son règne.
Il revient sur ce qu’il a été.
Le dispositif change tout.
Un empereur vu depuis l’extérieur se décrit par des dates, des campagnes militaires, des constructions, des décisions politiques et des frontières.
Vu depuis l’intérieur, il devient un homme confronté à ses contradictions.
Hadrien a exercé un pouvoir presque inimaginable à notre échelle. Des décisions prises par lui pouvaient modifier le destin d’une province, déclencher une répression, déplacer une frontière ou transformer une ville.
Mais Yourcenar lui rend aussi ce que l’histoire politique absorbe facilement : un corps qui vieillit, des goûts, des désirs, des erreurs, des deuils, des insomnies et des regrets.
Cette coexistence donne au personnage son ampleur.
L’homme capable d’agir sur le monde découvre finalement qu’il ne possède pas davantage que les autres le pouvoir d’échapper au temps.
Une autobiographie que l’empereur n’a jamais écrite
Hadrien a réellement existé.
La lettre qui constitue Mémoires d’Hadrien, elle, n’existe pas.
Yourcenar doit donc construire une voix à partir de traces fragmentaires.
Elle lit les sources antiques, étudie l’histoire, les inscriptions, les monuments, les œuvres d’art et les recherches disponibles. L’Histoire Auguste et Dion Cassius comptent parmi les sources importantes utilisées pour restituer le règne. Elle visite également à plusieurs reprises la Villa Adriana.
Son objectif ne consiste pourtant pas à accumuler les détails archéologiques.
Elle veut passer de l’extérieur à l’intérieur.
L’Institut de France rappelle la formule employée par Yourcenar pour définir son projet : il s’agissait de refaire intérieurement ce que les archéologues avaient entrepris matériellement.
Le problème littéraire devient alors passionnant.
Comment faire penser un homme du IIe siècle sans lui prêter simplement les idées d’une femme du XXe ?
Yourcenar cherche la distance juste.
Elle connaît davantage l’histoire qu’Hadrien ne pouvait connaître son propre avenir, mais doit oublier cette supériorité. Son personnage ne peut pas savoir que l’Empire romain d’Occident disparaîtra plusieurs siècles après lui. Il ignore la place que l’histoire donnera au christianisme. Il ne peut pas regarder son époque avec nos catégories.
Il doit rester enfermé dans son présent.
C’est cette contrainte qui rend le livre si convaincant.
Gouverner, c’est choisir ce que l’on décide de ne pas conquérir
Hadrien hérite de l’Empire après Trajan.
Son prédécesseur a poussé très loin la logique de conquête romaine. Hadrien choisit davantage la consolidation.
Cette différence est fondamentale dans le portrait construit par Yourcenar.
La grandeur ne consiste plus nécessairement à agrandir.
Elle peut consister à maintenir, administrer, négocier, organiser et renoncer à ce qu’il serait trop coûteux de conserver.
Cette conception du pouvoir prend une signification particulière lorsque l’on considère la période d’écriture du roman.
Yourcenar reprend véritablement son projet après la Seconde Guerre mondiale. Les études consacrées à la genèse du livre soulignent combien son Hadrien est aussi pensé à partir de cette expérience contemporaine : après les destructions et les ambitions guerrières vient la question de la reconstruction et d’un ordre politique capable de durer.
Le IIe siècle et le XXe se rencontrent sans se confondre.
Hadrien permet à Yourcenar de réfléchir à une question qui demeure actuelle : comment mesurer la réussite d’un dirigeant lorsque l’expansion cesse d’être une réponse suffisante ?
Un empereur qui veut voir son empire
Hadrien voyage énormément.
Cette mobilité est l’une des dimensions les plus importantes du livre.
Il ne veut pas gouverner uniquement depuis Rome. Il parcourt les provinces, inspecte les armées, observe les villes, rencontre des administrateurs et découvre les différences qui composent l’Empire.
La carte mentale de Mémoires d’Hadrien est donc immense.
Britannia.
Hispanie.
Gaule.
Germanie.
Grèce.
Asie Mineure.
Syrie.
Judée.
Égypte.
Afrique.
Rome reste le centre politique, mais elle n’épuise jamais l’Empire.
Cette manière de gouverner correspond aussi au tempérament que Yourcenar prête à son personnage : Hadrien veut connaître par l’expérience.
Voir.
Marcher.
Observer.
Comparer.
Le voyage devient ainsi une méthode de gouvernement autant qu’un désir personnel.

De Britannia à l’Égypte et de l’Hispanie à la Syrie, Hadrien parcourt un Empire dont Rome reste le centre politique sans en résumer la diversité.
Rome n’est pas tout le monde romain
C’est l’un des aspects du livre qui intéresse particulièrement une lecture contemporaine.
L’Empire romain n’y apparaît pas comme une Italie agrandie.
Il forme un ensemble immense de peuples, de langues, de religions et de traditions soumis à une même puissance politique sans devenir culturellement identiques.
Hadrien lui-même est né à Rome selon certaines sources antiques, tandis que sa famille est profondément liée à Italica, en Hispanie.
Il parle latin.
Il aime passionnément la culture grecque.
Il gouverne depuis Rome.
Il voyage dans les provinces orientales.
Cette pluralité empêche de réduire son identité à une seule appartenance.
Elle correspond à l’Empire qu’il tente de gouverner : une unité politique construite sur des territoires qui ne cessent pas d’être différents.
La Grèce : le territoire choisi
Parmi tous les espaces parcourus, la Grèce occupe une place à part.
Hadrien ne se contente pas d’admirer son passé.
Il apprend sa langue, fréquente sa culture, participe à ses rites et contribue à ses constructions.
Athènes devient presque une seconde patrie intellectuelle.
Cette relation permet à Yourcenar d’explorer une forme d’appartenance qui n’est pas déterminée par la naissance.
On peut hériter d’un territoire.
On peut aussi en choisir un.
Chez Hadrien, Rome représente largement la responsabilité politique.
La Grèce représente une affinité intellectuelle et esthétique.
Les deux ne s’annulent pas.
Elles composent le même homme.
Antinoüs : aimer lorsque l’on possède presque tout
Antinoüs est originaire de Bithynie.
Il devient le compagnon d’Hadrien.
Puis il meurt en Égypte, dans le Nil, en 130.
Les circonstances exactes de cette mort restent incertaines. Accident, suicide, sacrifice : l’histoire n’a pas permis de trancher définitivement.
Yourcenar n’essaie pas de transformer cette incertitude en certitude documentaire.
Elle travaille avec ce que l’on sait et avec l’espace laissé par ce que l’on ignore.
Dans le roman, la mort d’Antinoüs constitue une rupture majeure.
Hadrien peut gouverner un empire.
Il ne peut pas empêcher cette disparition.
Le contraste est brutal.
L’homme habitué à décider rencontre un événement sur lequel son pouvoir ne produit aucun effet.
Il reste alors les gestes du deuil.
Hadrien fait diviniser Antinoüs.
Il fonde Antinoopolis en Égypte.
Des statues du jeune homme se multiplient à travers l’Empire.
L’amour privé entre ainsi dans l’espace public.
Le visage d’Antinoüs dispersé dans l’Empire
Peu de relations amoureuses de l’Antiquité ont laissé autant de traces matérielles visibles aujourd’hui.
Le visage d’Antinoüs subsiste dans de nombreuses sculptures conservées dans les musées.
Rome.
Tivoli.
Delphes.
Athènes.
Londres.
Paris.
Et ailleurs.
Cette diffusion donne une dimension presque troublante à la lecture de Yourcenar.
Antinoüs n’est pas seulement un personnage dont les textes anciens ont conservé le nom.
Son visage nous est familier parce qu’Hadrien a voulu qu’il survive.
La sculpture devient alors une technologie de mémoire.
L’empereur qui ne peut empêcher la mort tente d’empêcher l’effacement.

Après sa mort en Égypte en 130, le jeune Bithynien est divinisé et son image se diffuse dans l’Empire, donnant au deuil d’Hadrien une présence matérielle exceptionnelle.
L’Égypte : le lieu où le règne devient deuil
Le voyage en Égypte change la tonalité du livre.
Le Nil, les temples et les paysages appartiennent à l’univers culturel immense qu’Hadrien veut connaître.
Puis Antinoüs meurt.
À partir de cet événement, la géographie se charge d’une mémoire intime.
Un lieu n’est plus seulement un territoire visité.
Il devient celui où quelque chose d’irréversible s’est produit.
Cette relation entre déplacement et mémoire traverse tout Mémoires d’Hadrien. Hadrien accumule les lieux parce qu’il voyage énormément ; lorsqu’il revient sur sa vie, chacun devient aussi une manière de retrouver l’homme qu’il était lorsqu’il l’a traversé.
La géographie finit par former une autobiographie.
Jérusalem : la limite du gouvernement d’Hadrien
Le règne n’est pas uniquement celui d’un administrateur éclairé et d’un amateur de culture grecque.
La révolte de Bar Kokhba, entre 132 et 135, rappelle la violence sur laquelle repose aussi l’ordre impérial.
La Judée se soulève.
Rome réprime.
Les conséquences humaines sont considérables.
Cette partie est indispensable à la complexité du personnage.
Si Hadrien n’était qu’un souverain sage, cultivé et pacificateur, le roman perdrait une grande partie de son intérêt.
Il gouverne un empire.
Et un empire se maintient aussi par la force.
Yourcenar ne supprime pas cette contradiction.
Elle oblige Hadrien à vivre avec elle.
L’homme qui recherche l’équilibre peut ordonner une guerre terrible lorsqu’il estime l’ordre impérial menacé.
La lucidité n’innocente pas.
La Villa Adriana : construire un monde à Tibur
À une trentaine de kilomètres de Rome, Hadrien fait aménager une immense résidence à Tibur, l’actuelle Tivoli.
La Villa Adriana n’est pas simplement une maison de campagne.
Elle associe architectures, jardins, bassins, thermes, espaces de réception et références à différents territoires du monde méditerranéen.
Pour le lecteur de Yourcenar, elle possède une puissance particulière.
Après avoir parcouru l’Empire, Hadrien semble en recomposer des fragments autour de lui.
L’espace devient mémoire.
L’eau, les architectures et les paysages construits permettent de réunir dans un même lieu des références accumulées au cours d’une vie de voyages.
La Villa Adriana a aussi joué un rôle direct dans la genèse du roman : Yourcenar la visite à plusieurs reprises et travaille longuement à partir des traces laissées par Hadrien.
Ici, le territoire réel et le livre se rejoignent de manière exceptionnelle.

La Villa Adriana rassemble architectures, jardins et références au monde méditerranéen parcouru par l’empereur au cours de son règne.
Le corps : le dernier territoire que l’empereur ne gouverne plus
Le livre commence par une visite médicale.
Ce choix est remarquable.
Avant Rome, avant les guerres, avant Antinoüs et avant l’Empire, il y a un corps malade.
Hadrien sent ses forces diminuer.
Son cœur lui rappelle que son pouvoir possède une frontière définitive.
Cette présence physique accompagne toute la rétrospection.
L’empereur revient sur les plaisirs de la nourriture, l’exercice, la chasse, le sommeil, le désir et la maladie.
Le corps n’est jamais séparé de l’intelligence.
Il est le lieu depuis lequel l’homme expérimente le monde.
Puis il devient celui qui l’oblige à le quitter.
Le vieillissement change alors le regard porté sur tout le reste.
Apprendre à mourir les yeux ouverts
Hadrien ne cherche pas une consolation facile.
Il examine la mort.
Il tente d’en approcher l’idée avec la même discipline qu’il appliquait autrefois à une province, une armée ou une décision politique.
Mais il existe une différence essentielle.
Il ne peut pas vérifier ce qui vient ensuite.
Toute sa capacité d’analyse atteint ici une limite.
Le mouvement du livre se resserre donc progressivement.
Au début, un homme raconte un empire.
À la fin, il reste un homme face à sa propre disparition.
Entre les deux se trouve une vie.
C’est probablement là que Mémoires d’Hadrien atteint sa dimension la plus universelle.
Plus le territoire du pouvoir est vaste, plus la dernière frontière est intime.
Comment Marguerite Yourcenar a construit Hadrien
La genèse du livre mérite presque d’être lue comme une seconde histoire.
Yourcenar s’intéresse très jeune à Hadrien. À vingt et un ans, après une visite à la Villa Adriana, elle travaille déjà autour de l’empereur et d’Antinoüs. Plusieurs tentatives suivent, certaines abandonnées ou détruites.
Le projet attend.
Yourcenar comprend progressivement qu’elle n’est pas encore prête à écrire cet homme vieillissant.
Elle reprend véritablement le travail à partir de 1948. Le livre paraît trois ans plus tard, mais il porte derrière lui près d’un quart de siècle de maturation.
La documentation est considérable.
Elle lit les sources antiques et les travaux historiques disponibles, étudie les monuments, les objets et les inscriptions. Dans ses carnets, sa méthode passe notamment par une reconstruction aussi complète que possible de l’univers intellectuel du personnage.
L’érudition reste pourtant presque invisible dans le roman.
C’est peut-être la réussite la plus impressionnante du livre.
On ne lit pas un dossier documentaire sur Hadrien.
On entend un homme penser.
Marguerite Yourcenar : le passé pour regarder le présent
Marguerite Yourcenar naît en 1903 à Bruxelles.
Son œuvre entretient une relation constante avec l’histoire, les mythes, les civilisations et la manière dont le temps transforme les êtres et les choses.
Avec Mémoires d’Hadrien, elle atteint une reconnaissance internationale majeure. Le livre, publié en 1951, assure largement sa célébrité.
Mais le choix du IIe siècle ne signifie pas qu’elle tourne le dos à son époque.
Le roman est achevé quelques années après la Seconde Guerre mondiale.
L’expérience de la destruction européenne, la faillite des ambitions impériales et la nécessité de reconstruire donnent une profondeur particulière au Hadrien qu’elle imagine : un dirigeant qui préfère stabiliser un territoire immense plutôt que poursuivre indéfiniment sa conquête.
Yourcenar deviendra en 1980 la première femme élue à l’Académie française.
Mais Mémoires d’Hadrien appartient déjà depuis près de trente ans à cette œuvre où l’histoire sert à interroger les êtres humains bien au-delà de leur époque.
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Pourquoi lire Mémoires d’Hadrien aujourd’hui ?
Parce que le livre parle du pouvoir sans le réduire à la conquête.
Hadrien doit décider ce qu’il faut conserver, abandonner, réformer ou défendre.
Parce qu’il parle du monde sans supposer que tout doit devenir identique.
L’Empire qu’il parcourt reste composé de territoires et de cultures différents.
Parce qu’il parle d’amour sans le séparer de la perte.
Antinoüs est à la fois un jeune homme aimé et celui dont l’absence transforme durablement le vieil empereur.
Parce qu’il parle du corps sans le considérer comme un détail inférieur à l’esprit.
Et parce qu’il place finalement l’homme le plus puissant du monde romain devant une expérience qui annule toutes les hiérarchies.
Il va mourir.
À cet instant, gouverner des millions d’êtres humains ne donne aucun privilège.
Il reste seulement la possibilité de regarder sa vie avec suffisamment de lucidité pour essayer de la comprendre.
Pour quel lecteur ?
Mémoires d’Hadrien conviendra particulièrement aux lecteurs qui aiment :
- les romans historiques profondément documentés sans démonstration d’érudition ;
- l’histoire romaine ;
- les livres construits autour d’une conscience plus que d’une intrigue ;
- les réflexions sur le pouvoir et la responsabilité ;
- les récits de voyage à travers les civilisations antiques ;
- les personnages moralement complexes ;
- les textes sur le vieillissement et la mort ;
- les œuvres qui demandent une lecture attentive et lente.
Il faut toutefois savoir ce que l’on ouvre.
Mémoires d’Hadrien n’est pas un roman historique rythmé par une succession de scènes spectaculaires.
Sa matière principale est la pensée.
Le plaisir vient de la voix, de la précision du regard et de cette étrange proximité que Yourcenar parvient à créer avec un homme mort depuis près de deux millénaires.
Dans le même élan
L’Œuvre au noir — Marguerite Yourcenar
Au XVIe siècle, Zénon, médecin, philosophe et alchimiste, traverse une Europe travaillée par les savoirs, les croyances et les violences religieuses. Une autre grande tentative de Yourcenar pour entrer dans la conscience d’un homme éloigné de nous par plusieurs siècles.
Moi, Claude — Robert Graves
L’empereur Claude raconte sa vie et les intrigues de la dynastie julio-claudienne. Une autre utilisation de la première personne pour faire entrer le lecteur dans la Rome impériale, avec une tonalité très différente de celle de Yourcenar.
Les Mémoires d’Agrippine — Pierre Grimal
L’historien Pierre Grimal imagine les mémoires d’Agrippine la Jeune et fait entendre une autre voix venue du pouvoir impérial romain. Le rapprochement permet aussi de mesurer ce que chaque écrivain fait de l’espace laissé vacant par les sources antiques.

Au XVIe siècle, Zénon traverse une Europe travaillée par les savoirs, les croyances et les violences religieuses.
Pour aller plus loin
Sur les traces de Mémoires d’Hadrien : de Rome à la Villa Adriana
À Rome et à Tivoli, plusieurs lieux permettent de retrouver l’empreinte laissée par Hadrien : le Panthéon, le mausolée impérial devenu château Saint-Ange, puis la Villa Adriana, immense résidence où l’empereur a recomposé autour de lui une partie du monde méditerranéen qu’il avait parcouru.
Ce parcours permet de passer du texte aux traces matérielles du règne : voir ce qu’Hadrien a fait construire, comprendre comment il a inscrit son pouvoir dans la ville, puis rejoindre à Tivoli le lieu où voyage, mémoire et architecture se rencontrent.
→ Sur les traces de Mémoires d’Hadrien : de Rome à la Villa Adriana
Rome antique
Rome permet de replacer Hadrien dans le territoire depuis lequel il gouverne l’Empire : monuments, institutions et grands programmes architecturaux montrent comment le pouvoir impérial s’inscrit durablement dans la ville.
→ Comprendre Rome à travers les traces de l’Empire
Littérature italienne
Mémoires d’Hadrien occupe une place particulière dans cette sélection : Marguerite Yourcenar écrit en français, mais son roman entre dans le corpus italien par Rome, Tivoli, Hadrien et la géographie de l’Empire romain.
Cette présence élargit utilement le regard porté sur un territoire : l’Italie littéraire se construit aussi à travers les écrivains venus d’ailleurs qui en ont fait la matière de leurs œuvres.
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