Comprendre un paysage qui a changé sous les yeux de celui qui l’habitait.
Certains écrivains racontent des histoires. Maurice Chappaz raconte un territoire. Lire ses livres, c’est entrer dans un Valais encore proche de la terre et du Rhône, par les villages accrochés aux pentes, par une économie lente, locale, fragile. Mais c’est aussi assister à sa transformation brutale : barrages, routes, tourisme, argent. Non comme une évolution abstraite, mais comme une rupture visible.
Deux livres permettent de suivre ce basculement avec précision : Testament du Haut-Rhône et Les Maquereaux des cimes blanches.
Cet itinéraire propose de parcourir le Valais pour comprendre ce que Chappaz a vu disparaître — et ce qui demeure encore.
Cet article fait partie des parcours Littérature suisse et Voyager autrement en Suisse. Une invitation à découvrir des livres et des lieux où la lecture permet de voir autrement les paysages, les villes et les vallées du pays.
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Le Rhône — Fleuve fondateur
Tout commence avec le Rhône.
Dans les textes de Chappaz, il n’est jamais un simple élément du paysage. Il est l’origine. Le fleuve a donné sa forme à la vallée, nourri les cultures, imposé ses crues, limité l’expansion humaine. Le Valais s’est construit avec lui, contre lui, autour de lui.
Aujourd’hui, le Rhône est contenu. Endigué, rectifié, discipliné. Sa puissance reste visible, mais son imprévisibilité a disparu.
Marcher le long de ses berges entre Brig et Martigny permet de mesurer ce changement. Le fleuve semble calme, presque ordinaire. Pourtant, cette tranquillité est récente. Elle est le résultat d’un long travail humain visant à sécuriser la vallée et à gagner des terres.
Ce que Chappaz a connu, c’est un fleuve encore libre. Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est un fleuve intégré à un système.
À vivre sur place :
– marcher sur les digues
– observer la largeur inhabituelle de la plaine
– s’arrêter face au courant
– lire quelques pages de Testament du Haut-Rhône
Le Rhône reste la clé de lecture du Valais. Sans lui, la vallée n’existerait pas.

Martigny — Le seuil de la vallée
Martigny marque un point de bascule.
La vallée s’y resserre. Les montagnes se rapprochent. Les routes se divisent vers les cols, vers les vallées latérales, vers d’autres pays. Ce resserrement géographique donne au lieu une densité particulière.
Dans l’univers de Chappaz, Martigny est un seuil. On quitte la plaine ouverte pour entrer dans un territoire plus contraint, plus ancien, plus directement lié à la montagne.
Aujourd’hui encore, cette sensation est intacte.
À vivre :
– marcher dans les rues anciennes
– observer la proximité immédiate des pentes
– suivre le Rhône vers l’amont
Martigny permet de comprendre que le Valais n’est pas un espace ouvert, mais une vallée contenue entre des limites très concrètes.

Sion et les villages du Valais central — Un territoire façonné par les hommes
Le Valais est un paysage construit.
Sion, dominée par Valère et Tourbillon, en offre une synthèse. La ville s’est développée dans un espace contraint, entre le fleuve et les pentes cultivées. Les villages alentours prolongent cette organisation : maisons anciennes, vignes en terrasses, chemins étroits.
Dans Les Maquereaux des cimes blanches, Chappaz décrit un monde encore proche de son équilibre ancien, mais déjà fragilisé. L’économie locale recule. D’autres forces apparaissent. Le territoire change de logique.
À vivre :
– marcher dans les villages viticoles comme Saillon, Vétroz ou Saint-Léonard
– observer les terrasses, les murs de pierre, les granges
– regarder la manière dont chaque parcelle a été conquise
Ces paysages ne doivent rien au hasard. Ils sont le résultat d’un travail patient, accumulé sur des générations.

Les barrages — Le point de rupture
La transformation devient pleinement visible dans les barrages.
La Grande Dixence, Mauvoisin, Emosson ne sont pas seulement des ouvrages techniques. Ils ont modifié durablement le territoire. Des vallées ont été inondées. Des équilibres anciens ont disparu. La montagne est entrée dans une logique industrielle.
Dans Testament du Haut-Rhône, Chappaz observe cette mutation avec lucidité. Il voit apparaître une nouvelle relation au territoire : plus distante, plus économique, moins enracinée.
Visiter la Grande Dixence permet de comprendre ce basculement.
À vivre :
– s’approcher du barrage à pied
– observer son échelle
– regarder le paysage retenu derrière le mur
Ce lieu rend tangible ce que Chappaz a décrit : la montagne transformée en ressource.

Les vallées latérales — Ce qui subsiste
Quitter la vallée principale permet de retrouver un autre rythme.
Dans le Val d’Hérens, le Val d’Anniviers ou le Val de Bagnes, l’organisation ancienne reste visible. Villages en bois, granges sombres, implantation dense. Le territoire y est plus lisible.
Ces vallées ne sont pas hors du temps. Mais elles conservent une continuité que la plaine a en partie perdue.
À vivre :
– marcher dans les villages
– observer les bâtiments anciens
– suivre les chemins sans objectif précis
Ces lieux permettent de percevoir le Valais dans sa profondeur historique.
Ce que Chappaz permet de voir aujourd’hui
Lire Maurice Chappaz change la perception du territoire.
Les barrages cessent d’être seulement impressionnants. Ils deviennent les signes d’une transformation récente.
Les villages cessent d’être pittoresques. Ils apparaissent comme les témoins d’un équilibre ancien.
Le Rhône lui-même prend une autre dimension. Il devient l’élément autour duquel tout s’est organisé.
Chappaz ne propose pas un retour en arrière. Il donne des repères pour comprendre ce que l’on voit. Il rappelle que les paysages portent l’empreinte des décisions humaines.
Marcher dans le Valais après l’avoir lu permet d’entrer dans cette lecture du territoire.
Conseils pour construire votre propre voyage inspiré par les livres Maurice Chappaz
Itinéraire court (3–4 jours) :
– Martigny
– Sion
– une vallée latérale (Val d’Hérens ou Val de Bagnes)
– le barrage de la Grande Dixence
Itinéraire approfondi (7–10 jours) :
– suivre le Rhône de Brig à Martigny
– explorer plusieurs vallées latérales
– marcher dans les villages
– visiter les barrages
Le rythme compte davantage que la distance. Le Valais se comprend par l’observation.

Les lieux évoqués par Chappaz montrent les transformations du Valais au fil du XXᵉ siècle.
→ Découvrir la page Le Valais en littérature
Lectures pour accompagner ce voyage
🔗 Testament du Haut-Rhône — Maurice Chappaz
🔗 Les Maquereaux des cimes blanches — Maurice Chappaz
Pour prolonger :
🔗 Derborence — Charles-Ferdinand Ramuz
🔗 L’Homme apparaît au Quaternaire — Max Frisch
Ce que ce voyage laisse en nous
Le Valais apparaît comme un territoire profondément transformé, mais encore lisible. Les traces du monde décrit par Chappaz sont toujours présentes, mêlées aux transformations récentes.
Lire ses textes permet de voir au-delà de la surface. De comprendre que les paysages sont des constructions, façonnées par le travail, les choix et le temps.
On repart avec un regard plus attentif. Le sentiment que chaque vallée, chaque village, chaque ouvrage appartient à une histoire plus vaste — et que cette histoire reste visible pour qui prend le temps de la lire.
Les livres qui ont inspiré ce voyage littéraire


Sur les traces des livres
Ces parcours relient les livres aux lieux. Ils invitent à marcher, traverser une ville ou suivre une vallée en gardant en tête les récits qui s’y attachent.
🔗 Testament du Haut-Rhône — Maurice Chappaz
🔗 Les Maquereaux des cimes blanches — Maurice Chappaz
🔗 Une semaine dans le Valais — Itinéraire lent au cœur des Alpes suisses
→ Voir tous les articles de la série Voyager autrement en Suisse
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