Il existe, dans certaines cultures, des concepts qui ne cherchent pas à expliquer le monde, mais à apprendre à l’habiter avec justesse.
Le Sankofa fait partie de ceux-là.
Issu des cultures Akan d’Afrique de l’Ouest, le Sankofa est à la fois un mot, un symbole et une manière de penser le temps. Il invite à se tourner vers le passé, non par nostalgie, mais pour en ramener ce qui mérite d’être transmis. Un geste simple, presque silencieux : regarder en arrière pour avancer autrement.
Ce principe traverse les récits, les objets, les arts et les savoir-faire. Il se lit dans un motif, se reconnaît dans un geste, se transmet parfois sans mots.
Chez Poropango, cette idée résonne profondément : comprendre d’où viennent les formes, les motifs, les histoires et les gestes avant de les faire vivre dans le présent.
Origines du Sankofa
Une philosophie issue des cultures Akan
Le Sankofa appartient aux peuples Akan, présents principalement au Ghana et en Côte d’Ivoire. Il fait partie des adinkra, ces symboles graphiques utilisés depuis des siècles pour transmettre des principes moraux, philosophiques et sociaux.
Dans les sociétés Akan, la connaissance ne circule pas uniquement par l’écrit. Elle se transmet par la parole, les symboles, les rituels et les objets du quotidien. Le Sankofa s’inscrit dans cette tradition de transmission visuelle et orale, où chaque forme porte une mémoire et chaque signe appelle une interprétation.
Le symbole du Sankofa
Regarder en arrière, avancer autrement
Le Sankofa est le plus souvent représenté de deux manières :
– un oiseau dont la tête se tourne vers l’arrière tandis que son corps avance,
– une forme stylisée évoquant un cœur.
Dans les deux cas, le message est identique : le passé n’est pas un poids, mais une ressource.
Il ne s’agit pas de reproduire ce qui a été, mais de discerner ce qui mérite d’être compris, conservé et transmis.
Le mot Sankofa se décompose ainsi :
- San : retourner
- Ko : aller
- Fa : prendre, ramener
Littéralement : retourner chercher ce qui a été laissé derrière.

Une philosophie vivante, inscrite dans la culture
Le Sankofa n’est pas un concept figé. Il s’exprime dans de nombreux aspects de la culture africaine :
– dans les textiles, où les adinkra sont imprimés ou tissés comme des messages portés sur le corps,
– dans les sculptures et les bijoux, objets de mémoire autant que de transmission,
– dans les récits oraux, où l’histoire collective se transmet par fragments,
– dans les pratiques sociales, où l’ancien et le nouveau dialoguent sans s’effacer.
Le Sankofa rappelle que la modernité n’efface pas l’héritage ; elle le transforme.
Sankofa, création et transmission
Dans les cultures Akan, créer ne signifie pas rompre avec le passé.
Créer, c’est composer avec ce qui existe déjà : ce qui a été éprouvé, transmis, raconté.
Cette logique traverse les arts africains anciens comme contemporains. De nombreux artistes continuent d’intégrer le Sankofa dans leurs œuvres, non comme un motif décoratif, mais comme un positionnement : celui qui refuse l’amnésie culturelle et assume la continuité.
Une lecture du temps différente
Le Sankofa propose une vision du temps non linéaire.
Le passé, le présent et l’avenir ne sont pas séparés, mais étroitement liés.
Cette manière de penser traverse de nombreuses cultures africaines, où la mémoire collective occupe une place centrale. Elle rappelle que l’histoire ne se referme jamais complètement et que certains récits demandent à être réécoutés pour continuer à faire sens.
Sankofa et démarche Poropango
Sans reprendre le symbole lui-même, la philosophie du Sankofa irrigue la démarche de Poropango.
Regarder les textiles, les motifs, les récits et les savoir-faire comme des archives vivantes.
Comprendre leur origine avant de les faire dialoguer avec des usages contemporains.
Créer des objets qui ne coupent pas le fil, mais le prolongent.
Le Sankofa n’est pas un modèle à appliquer.
C’est une posture : celle qui consiste à avancer sans effacer ce qui précède.
Ce qu’il faut retenir
Le Sankofa rappelle que la transmission n’est pas un retour en arrière, mais un mouvement conscient.
Il invite à prendre le temps de comprendre les héritages culturels, à en reconnaître la complexité et à accepter que certaines sagesses ne se livrent qu’à celles et ceux qui savent écouter.
Dans un monde pressé de produire du nouveau, le Sankofa rappelle une évidence discrète :
ce qui a traversé le temps mérite parfois d’être regardé de nouveau.
Articles à découvrir également
🔗 Sagesse d’Afrique de l’Ouest : Proverbes, transmission et art de vivre
🔗 Bogolan : motifs, symbolique et mémoire textile
🔗 Textiles & cultures du monde : comprendre les motifs avant de les porter




0 commentaires