En janvier, à Novoli, des sarments issus de la taille des vignes deviennent un immense édifice destiné au feu. En mai, les habitants de Gubbio portent jusqu’au mont Ingino trois constructions de bois pesant plusieurs centaines de kilos. En juin, à Genzano, une rue entière disparaît sous des tapis de fleurs. À Venise, un pont provisoire traverse deux fois par an le Grand Canal ou le canal de la Giudecca pour accomplir d’anciens vœux collectifs.
Ces fêtes ne donnent pas à voir une tradition italienne unique. Chacune appartient à une ville, une région, une histoire et parfois même à un quartier. Certaines honorent un saint patron ; d’autres commémorent la fin d’une épidémie, le retour d’un évêque, une révolte populaire ou le cycle des récoltes. Toutes reposent sur des gestes précis : assembler, porter, fleurir, marcher, courir, décorer, transmettre un rôle ou entretenir un objet cérémoniel.
Pour comprendre la place que ces célébrations occupent dans les communautés italiennes, lire également : Les fêtes locales qui rythment encore la vie italienne.
Le calendrier des fêtes traditionnelles italiennes
D’un mois à l’autre, les célébrations changent de forme et de fonction : honorer un saint patron, accomplir un ancien vœu, commémorer une révolte, accompagner les récoltes ou réunir les quartiers d’une ville. Ce calendrier permet de situer les fêtes présentées dans l’article avant d’en découvrir le déroulement et les formes de transmission.
| Mois ou période | Fête | Lieu | Pourquoi a-t-elle lieu ? |
|---|---|---|---|
| Janvier | Fòcara | Novoli, Pouilles | Honorer saint Antoine abbé et transformer les sarments de la taille hivernale en un grand feu collectif |
| Février | Fête de sainte Agathe | Catane, Sicile | Accompagner les reliques de la sainte patronne et renouveler la relation protectrice qui l’unit à la ville |
| Février ou mars | Carnaval historique | Ivrée, Piémont | Mettre en scène la révolte symbolique de la population contre un pouvoir tyrannique |
| Mars ou avril | Processione dei Misteri | Trapani, Sicile | Commémorer la Passion du Christ à travers des groupes sculptés confiés aux métiers de la ville |
| Mai | Festa di Sant’Efisio | De Cagliari à Nora, Sardaigne | Accomplir le vœu prononcé par Cagliari pendant l’épidémie de peste du XVIIe siècle |
| Mai | Festa dei Ceri | Gubbio, Ombrie | Honorer saint Ubaldo en portant trois structures de bois jusqu’à sa basilique |
| Mai ou juin | Infiorata | Genzano di Roma, Latium | Préparer un tapis de fleurs pour la procession du Corpus Domini |
| Juin | Festa dei Gigli | Nola, Campanie | Célébrer le retour de saint Paulin dans la ville |
| Juillet | Festa del Redentore | Venise, Vénétie | Renouveler le vœu prononcé pendant la peste du XVIe siècle |
| Juillet et août | Palio | Sienne, Toscane | Honorer la Vierge et désigner la contrada victorieuse |
| Septembre | Macchina di Santa Rosa | Viterbe, Latium | Rappeler le transfert du corps de sainte Rose à travers la ville |
| Octobre | Sagra dell’Uva | Marino, Latium | Célébrer les vendanges et la culture viticole locale |
| Novembre | Madonna della Salute | Venise, Vénétie | Commémorer la fin de l’épidémie de peste de 1630 |
| Décembre | Fête de sainte Lucie | Syracuse, Sicile | Accompagner la patronne de la ville vers le lieu associé à son martyre |
Hiver — Le feu, les saints protecteurs et les récits de liberté
L’hiver italien n’est pas seulement la saison des carnavals. Dans plusieurs villes, il s’ouvre par des feux, des processions et des gestes de protection hérités des calendriers religieux et ruraux.
Janvier — La Fòcara de Novoli
Où ? Novoli, dans les Pouilles
Quand ? Au mois de janvier
Nature : fête patronale et grand feu rituel
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
La Fòcara est allumée en l’honneur de saint Antoine abbé, patron de Novoli. Dans les traditions rurales européennes, ce saint est notamment associé au feu, aux animaux domestiques et à la protection des communautés agricoles.
À Novoli, la fête relie cette dévotion au cycle local de la vigne. Elle intervient après la taille hivernale, lorsque les sarments coupés sont disponibles. Une matière issue du travail agricole devient ainsi le matériau principal d’une construction collective.
Que se passe-t-il concrètement ?
Des milliers de sarments de vigne sont rassemblés et assemblés pour former une très haute structure conique. Sa construction ne se résume pas à l’accumulation de branchages : les fagots doivent être disposés de manière suffisamment régulière et stable pour que l’édifice puisse s’élever, puis brûler progressivement.
Au moment culminant de la fête, la Fòcara est embrasée. Le feu éclaire la ville et rassemble les habitants autour d’un geste à la fois religieux, agricole et collectif.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
La préparation mobilise des vignerons, des habitants, des associations et des personnes connaissant les règles de construction de la Fòcara. La collecte des sarments inscrit directement la fête dans le travail des campagnes environnantes.
La transmission repose sur l’expérience : choix des branches, constitution des fagots, équilibre de la structure et organisation du chantier s’apprennent en participant. La fête conserve ainsi la mémoire d’un paysage viticole autant que celle de son saint patron.
Informations officielles : actualités et informations pratiques sur le site de la commune de Novoli.
Février — La fête de sainte Agathe à Catane
Où ? Catane, en Sicile
Quand ? Au mois de février
Nature : fête patronale et procession urbaine
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
Catane célèbre Agathe, jeune chrétienne martyrisée au IIIe siècle et devenue la sainte patronne de la ville. La fête honore sa mémoire et accompagne ses reliques à travers les quartiers de Catane.
Elle exprime également une relation protectrice entre la sainte et la ville, plusieurs fois éprouvée par les éruptions de l’Etna, les séismes et les incendies.
Que se passe-t-il concrètement ?
Le reliquaire et le buste d’argent de sainte Agathe sont placés sur un imposant char processionnel, le fercolo. Celui-ci avance dans les rues, tiré à l’aide de longues cordes par des fidèles vêtus d’une tunique blanche appelée sacco.
La procession rencontre sur son parcours les candelore, de grandes constructions votives richement décorées. Historiquement liées aux corporations de métiers, elles sont portées sur les épaules et avancent selon un mouvement rythmé qui exige coordination et endurance.
La cire offerte à la sainte occupe toujours une place importante. Les cierges portés ou déposés constituent l’une des formes visibles du vœu, du remerciement ou de la demande de protection.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
La fête réunit le clergé, les associations agatines, les porteurs des candelore, les services municipaux et une grande partie de la population. Chaque groupe connaît sa place dans un cérémonial qui se déploie pendant plusieurs jours.
Les gestes de traction, de portage et de conduite des structures s’acquièrent auprès de participants expérimentés. Mais la transmission commence aussi dans les familles : le vêtement blanc, les prières, le parcours et les pauses de la procession sont connus bien avant d’être pleinement compris.
Informations officielles : présentation permanente sur le site touristique de la commune de Catane.
Février ou mars — Le Carnaval historique d’Ivrée
Où ? Ivrée, dans le Piémont
Quand ? En février ou en mars, selon la date de Pâques
Nature : carnaval civique et récit de révolte populaire
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
Le Carnaval historique d’Ivrée met en scène la libération symbolique de la ville face à un seigneur tyrannique. Son héroïne est la Mugnaia, la fille du meunier qui, selon le récit transmis par le carnaval, refuse de se soumettre au pouvoir du marquis et déclenche la révolte.
La fête ne cherche pas à reconstituer fidèlement un événement médiéval identifiable. Elle rassemble plusieurs souvenirs, légendes et cérémonies élaborés au cours des siècles pour raconter une valeur civique : la résistance à l’oppression.
Que se passe-t-il concrètement ?
Le moment le plus connu est la bataille des oranges. Des équipes d’aranceri à pied occupent les places de la ville. Elles affrontent les participants installés sur des chars, protégés par des casques et des équipements rembourrés.
Les combattants à pied représentent symboliquement le peuple insurgé ; les chars figurent les forces du pouvoir. La bataille suit des règles, mobilise des équipes identifiées par leurs couleurs et transforme temporairement plusieurs places d’Ivrée en espaces de confrontation ritualisée.
Les habitants et visiteurs qui ne participent pas au combat portent traditionnellement un bonnet phrygien rouge afin de signifier leur adhésion symbolique à la révolte.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
La fête implique une fondation, des équipes d’aranceri, des équipages, des musiciens, des personnages cérémoniels et de nombreux habitants. L’appartenance à une équipe crée des fidélités durables, entretenues tout au long de l’année.
Le carnaval transmet autant des gestes que des rôles : savoir évoluer sur une place, respecter les zones de combat, conduire un attelage, jouer une marche ou incarner un personnage. Après la bataille, les oranges sont collectées séparément et orientées vers une filière de compostage.
Informations officielles : histoire, règles et programme sur le site du Carnaval historique d’Ivrée.
Printemps — Marcher, accomplir un vœu et préparer les matières
Au printemps, les fêtes accompagnent la Semaine sainte, les saints patrons et le retour des grands parcours collectifs. Les rues deviennent des itinéraires rituels reliant églises, quartiers, places et sanctuaires.
Mars ou avril — La Processione dei Misteri à Trapani
Où ? Trapani, en Sicile
Quand ? Pendant la Semaine sainte, en mars ou en avril
Nature : procession de la Passion et tradition des anciennes corporations
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
La Processione dei Misteri commémore la Passion et la mort du Christ. Elle se déroule le Vendredi saint et accompagne les habitants de Trapani dans un long temps de recueillement collectif précédant Pâques.
Le mot misteri désigne ici des groupes sculptés représentant les différentes scènes de la Passion.
Que se passe-t-il concrètement ?
Les sculptures quittent l’église des Âmes du Purgatoire et parcourent la ville pendant de nombreuses heures. Chaque groupe repose sur une structure portée à l’épaule.
Les porteurs impriment aux ensembles un balancement particulier, appelé annacata. Ce mouvement accompagne la musique des fanfares et donne aux statues une lente progression dans les rues.
Les groupes associent bois, toile, colle et autres matériaux travaillés pour donner forme aux personnages, aux vêtements et aux scènes bibliques. Leur entretien demande des connaissances en sculpture, en assemblage et en restauration.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
Les groupes furent historiquement confiés aux métiers et corporations de Trapani. Aujourd’hui, leur conservation et leur sortie reposent notamment sur les maestranze, les associations et les équipes de porteurs.
Chaque groupe possède ses usages, ses responsables et sa mémoire. Les plus jeunes apprennent à suivre le rythme, à répartir le poids et à coordonner leurs pas avec ceux des autres porteurs. La procession transmet ainsi une pratique religieuse, mais aussi une relation ancienne entre les métiers de la ville et ses objets cérémoniels.
Informations officielles : itinéraires et dispositions annuelles sur le site de la commune de Trapani.
Mai — La Festa di Sant’Efisio à Cagliari
Où ? De Cagliari à Nora, en Sardaigne
Quand ? Au début du mois de mai
Nature : pèlerinage votif et procession insulaire
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
La fête accomplit un vœu formulé au XVIIe siècle, alors que Cagliari était frappée par la peste. La ville demanda la protection de saint Efisio et s’engagea à conduire chaque année sa statue jusqu’au lieu de son martyre, à Nora.
La procession n’a donc pas seulement pour objectif de promener une statue dans Cagliari. Elle doit accomplir un trajet précis entre la ville et le sanctuaire, puis ramener le saint à son point de départ.
Que se passe-t-il concrètement ?
La statue quitte l’église de Sant’Efisio, dans le quartier de Stampace, puis prend la route de Nora. Le parcours s’étend sur plusieurs jours.
Des groupes venus de différentes parties de la Sardaigne précèdent ou accompagnent le char du saint. Certains avancent à pied, d’autres à cheval ou sur des tracas, chars tirés par des bœufs et décorés de végétaux, de tissus et d’objets liés à la vie rurale.
Avant le passage du saint, des pétales et des plantes aromatiques sont répandus sur certaines rues selon le geste de sa ramadura. Le parcours fait ainsi entrer dans la ville des matières, des vêtements et des pratiques venus de nombreux territoires sardes.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
La commune coordonne la procession avec les autorités religieuses, les associations et les représentants des communautés participantes. Les vêtements portés ne constituent pas un costume sarde uniforme : ils renvoient à des communes, des usages et des histoires textiles différents.
Le harnachement des chevaux, la conduite des chars, les chants, les gestes de dévotion et la préparation des tenues mobilisent des savoirs entretenus localement. La fête offre ainsi un rare moment où différentes expressions culturelles de l’île se rencontrent sans se confondre.
Informations officielles : histoire et programme sur le site officiel de la Festa di Sant’Efisio.
Mai — La Festa dei Ceri à Gubbio
Où ? Gubbio, en Ombrie
Quand ? Au mois de mai
Nature : fête patronale et tradition civique
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
La Festa dei Ceri honore saint Ubaldo, évêque du XIIe siècle et patron de Gubbio. Son objectif est d’accompagner symboliquement trois saints protecteurs depuis le cœur de la ville jusqu’à la basilique Saint-Ubaldo, sur le mont Ingino.
Il ne s’agit ni d’une compétition sportive ni d’une reconstitution historique. Les habitants accomplissent collectivement un parcours rituel transmis depuis des siècles.
Que se passe-t-il concrètement ?
Trois structures de bois, appelées ceri, sont dressées sur la Piazza Grande. Chacune porte la statue d’un saint : Ubaldo, Georges ou Antoine abbé.
Les structures, qui pèsent chacune plusieurs centaines de kilos, sont fixées sur des brancards en forme de H. Elles sont ensuite portées à vive allure à travers les rues, puis sur les pentes du mont Ingino.
Les trois ceri suivent toujours le même ordre. Ils ne cherchent pas à se dépasser et aucun vainqueur n’est désigné. L’objectif est de maintenir les constructions debout, d’effectuer les relais et d’atteindre la basilique.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
Les porteurs sont appelés ceraioli. Leur apprentissage commence avec les Ceri Piccoli et les Ceri Mezzani, versions adaptées aux enfants et aux adolescents. Les participants occupent ensuite des fonctions de plus en plus exigeantes sous la surveillance de porteurs expérimentés.
L’appartenance à un cero reste souvent liée aux familles. Elle conserve également le souvenir des anciens métiers de Gubbio : maçons et tailleurs de pierre pour saint Ubaldo, commerçants et artisans pour saint Georges, cultivateurs pour saint Antoine.
La commune, propriétaire des structures, prend en charge leur conservation et leur restauration. Une fête de quelques heures repose donc sur un entretien matériel et un apprentissage poursuivis tout au long de l’année.
Informations officielles : Festa dei Ceri — Commune de Gubbio.
Début de l’été — Fleurir, construire et porter
À l’approche de l’été, les rues italiennes accueillent des œuvres destinées à disparaître : tapis de pétales foulés par une procession, architectures de bois et de papier démontées après avoir traversé la ville. La durée limitée de ces créations ne diminue pas le travail nécessaire à leur réalisation.
Mai ou juin — L’Infiorata de Genzano
Où ? Genzano di Roma, dans le Latium
Quand ? En mai ou en juin, autour de la fête du Corpus Domini
Nature : décor floral collectif et fête religieuse
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
L’Infiorata prépare un parcours de fleurs en l’honneur du Saint-Sacrement. Née à la fin du XVIIIe siècle, elle transforme la décoration florale d’une procession religieuse en une création collective à l’échelle d’une rue.
Son objectif n’est pas de conserver une œuvre. Le tapis existe pour accompagner un rituel, puis disparaître.
Que se passe-t-il concrètement ?
Des compositions sont dessinées sur le sol de la via Italo Belardi. Elles sont ensuite remplies avec des pétales, des graines, des feuilles et d’autres matières végétales triées par couleur.
La préparation commence bien avant la pose. Il faut concevoir les dessins, calculer leurs proportions, sélectionner les végétaux puis séparer minutieusement les couleurs. Les habitants travaillent souvent pendant la nuit afin que les panneaux soient achevés au matin.
À la fin de la fête, les enfants courent sur les compositions lors du spallamento, dispersant en quelques instants les matières assemblées pendant des heures.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
Les maîtres infioratori, les associations, les écoles, les familles et les services municipaux participent à l’élaboration des tapis. Les techniques se transmettent par l’observation et la participation : agrandir un motif, éviter que les pétales ne se déplacent, obtenir une nuance ou organiser une équipe autour d’un panneau.
L’œuvre finale est éphémère, mais les dessins, les méthodes de préparation et la mémoire des éditions précédentes forment un véritable patrimoine local.
Informations officielles : calendrier et renseignements auprès de la commune de Genzano di Roma.
Juin — La Festa dei Gigli à Nola
Où ? Nola, en Campanie
Quand ? Au mois de juin
Nature : fête patronale et procession de grandes structures portées
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
La fête honore saint Paulin, évêque de Nola au Ve siècle. Elle commémore son retour dans la ville après une captivité racontée par la tradition locale.
Les habitants auraient accueilli l’évêque avec des fleurs. Au fil du temps, ces offrandes se sont transformées en gigli, d’immenses architectures votives qui ne ressemblent plus guère à des lys, mais en conservent le nom.
Que se passe-t-il concrètement ?
Huit obélisques de bois et une structure en forme de bateau sont construits et décorés. Les gigli atteignent environ vingt-cinq mètres. Leur ossature est recouverte de décors renouvelés à chaque édition, notamment en papier mâché.
Chaque machine est soulevée par une paranza, équipe de porteurs appelés cullatori. Une formation musicale prend place sur la structure pendant que celle-ci avance, pivote et semble danser dans les rues étroites.
La barque rappelle le retour de saint Paulin par la mer. Les huit gigli portent le nom d’anciennes corporations : maraîchers, charcutiers, aubergistes, boulangers, bouchers, cordonniers, forgerons et tailleurs.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
La construction mobilise charpentiers, décorateurs, artisans du papier mâché, musiciens et comités associés aux différents gigli. Le transport exige une répartition rigoureuse des places sous les barres de bois.
Les porteurs apprennent à répondre aux indications du chef de paranza, à maintenir l’équilibre de la structure et à coordonner leurs mouvements. La fabrication et le portage forment un seul patrimoine : sans artisans, la machine n’existerait pas ; sans équipe entraînée, elle ne pourrait traverser la ville.
La Festa dei Gigli appartient au réseau italien des grandes machines processionnelles portées à l’épaule, inscrit par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel.
Informations officielles : Fondazione Festa dei Gigli et présentation du réseau sur le site de l’UNESCO.

Été — Habiter la place, la lagune et les quartiers
En été, plusieurs fêtes occupent des espaces qui structurent la vie italienne : la place publique, les rues des quartiers et, à Venise, l’eau elle-même. Leur visibilité ne doit pas faire oublier les communautés permanentes qui les organisent.
Juillet — La Festa del Redentore à Venise
Où ? Venise, en Vénétie
Quand ? Au mois de juillet
Nature : fête votive, pèlerinage et rassemblement sur la lagune
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
La Festa del Redentore commémore la fin de l’épidémie de peste qui frappa Venise au XVIe siècle. La République avait fait le vœu d’élever une église au Christ Rédempteur si la ville était délivrée de la maladie.
L’église du Redentore fut construite sur l’île de la Giudecca. La fête renouvelle chaque année le déplacement votif jusqu’à ce sanctuaire.
Que se passe-t-il concrètement ?
Un pont provisoire est installé sur le canal de la Giudecca afin que les piétons puissent rejoindre l’église depuis le reste de la ville. Cette construction temporaire transforme pendant quelques jours la circulation habituelle entre les îles.
La veille de la célébration religieuse, des bateaux décorés se rassemblent dans le bassin de Saint-Marc et le canal de la Giudecca. Familles et groupes d’amis dînent à bord avant le feu d’artifice. Le lendemain, la dimension religieuse reprend le premier plan avec les célébrations et le passage vers l’église.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
La ville organise le pont, la navigation et la sécurité. Les Vénitiens préparent les embarcations, les repas et les places d’amarrage longtemps à l’avance.
La transmission passe ici par des usages domestiques autant que cérémoniels : savoir où placer le bateau, quels plats préparer, comment partager l’espace de la lagune et à quel moment rejoindre l’église. La fête rappelle surtout que Venise demeure une ville vécue depuis l’eau.
Informations officielles : programme et modalités sur le site officiel Venezia Unica.
Juillet et août — Le Palio de Sienne
Où ? Sienne, en Toscane
Quand ? Une course en juillet et une autre en août
Nature : courses rituelles entre les contrade
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
Les deux courses du Palio sont organisées en l’honneur de la Vierge Marie. Celle de juillet est liée à la Madonna di Provenzano ; celle d’août à l’Assomption.
L’enjeu immédiat consiste à remporter le drappellone, la bannière peinte remise à la contrada victorieuse. Mais le Palio ne se réduit pas aux quelques tours de piste visibles sur la Piazza del Campo. Il met en jeu l’honneur, la mémoire et les rivalités des quartiers historiques de Sienne.
Que se passe-t-il concrètement ?
Dix des dix-sept contrade participent à chaque course. Un cheval est attribué à chacune par tirage au sort. Il devient alors le centre de l’attention du quartier : il est logé, surveillé et béni avant d’entrer sur la place.
La Piazza del Campo est recouverte d’une piste de terre. Après le cortège historique, les chevaux et leurs jockeys prennent place au départ. Ils effectuent trois tours de la place à cru.
C’est le cheval qui représente la contrada. Il peut donc gagner même s’il termine la course sans son jockey.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
Les contrade ne sont pas des équipes constituées uniquement pour le Palio. Elles possèdent des sièges, des musées, des oratoires, des responsables et une vie collective poursuivie toute l’année.
L’appartenance se construit dès l’enfance à travers les repas, les cérémonies, les chants, les drapeaux et la connaissance du territoire du quartier. Après une victoire, les célébrations se prolongent bien au-delà du jour de la course.
Le Palio est ainsi la manifestation la plus visible d’une organisation locale permanente. Pour comprendre la course, il faut d’abord comprendre que Sienne continue à se penser à travers ses dix-sept contrade.
Informations officielles : histoire, règles et présentation des dix-sept contrade sur le portail du Palio de la commune de Sienne.

Automne — Porter la mémoire et célébrer les récoltes
À la fin de l’été, les fêtes quittent progressivement le calendrier des saints estivaux pour rejoindre celui des vendanges, des vœux anciens et des mémoires urbaines.
Septembre — Le transport de la Macchina di Santa Rosa à Viterbe
Où ? Viterbe, dans le Latium
Quand ? Au mois de septembre
Nature : procession patronale et grande machine portée
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
La procession honore sainte Rose, patronne de Viterbe. Elle rappelle le transfert de son corps, au XIIIe siècle, vers le monastère qui lui est consacré.
La haute structure lumineuse représente symboliquement le clocher mobile qui accompagne la sainte à travers sa ville.
Que se passe-t-il concrètement ?
Une tour de plus de trente mètres est transportée de nuit dans les rues du centre historique. Éclairée de l’intérieur, elle avance au-dessus des toits et des façades, portée par une équipe d’hommes appelés Facchini di Santa Rosa.
Le parcours est difficile : la hauteur de la machine, son poids, les rues médiévales et les arrêts imposent une coordination rigoureuse. À certaines étapes, les porteurs doivent remettre la structure en mouvement après une pause, sans compromettre son équilibre.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
La machine elle-même évolue. De nouveaux modèles sont conçus périodiquement, puis construits selon des contraintes très précises de hauteur, de poids, de résistance et de transport.
Les facchini suivent une préparation physique et technique. Les rôles sont répartis selon la position occupée sous la structure et l’effort demandé. La transmission ne consiste donc pas à répéter exactement un objet ancien : elle associe une procession médiévale à des compétences contemporaines d’architecture, d’ingénierie et de sécurité.
Comme la Festa dei Gigli de Nola, cette tradition appartient au réseau des grandes machines processionnelles italiennes reconnu par l’UNESCO.
Informations officielles : Transport de la Macchina di Santa Rosa — Commune de Viterbe.
Octobre — La Sagra dell’Uva de Marino
Où ? Marino, dans le Latium
Quand ? Au début du mois d’octobre
Nature : fête des vendanges et célébration civique
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
La Sagra dell’Uva célèbre la culture viticole de Marino et l’arrivée du vin nouveau. Contrairement à plusieurs célébrations évoquées dans cet article, elle n’est pas issue d’une tradition médiévale.
Elle fut créée en 1925 dans le but de valoriser la production viticole locale et d’affirmer l’identité de Marino. Son histoire rappelle qu’une fête traditionnelle n’est pas nécessairement immémoriale : elle peut être inventée à une époque récente, reprise par les habitants puis acquérir une continuité.
Que se passe-t-il concrètement ?
Le centre historique accueille des dégustations, des expositions, des représentations et un cortège en costumes. Des scènes évoquent notamment le retour de Marcantonio Colonna après la bataille de Lépante, épisode associé à l’histoire de la famille Colonna et de Marino.
Le geste le plus célèbre est celui des fontaines qui versent temporairement du vin. Au-delà de cet effet spectaculaire, la fête met en avant le travail des viticulteurs, les caves du territoire et les produits liés aux vendanges.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
La commune, les producteurs, les associations et les habitants participent à l’organisation. Les costumes, le cortège, les installations des fontaines et les présentations du vin demandent une préparation renouvelée chaque année.
La transmission s’appuie moins sur un rite religieux ancien que sur la fidélité à un rendez-vous communal devenu centenaire. Elle montre comment une production agricole peut être transformée en récit collectif — avec le risque, toujours présent, que la fréquentation et le spectacle prennent le pas sur le territoire viticole qu’ils devraient expliquer.
Informations officielles : présentation sur le site touristique de la région Latium et programmes annuels sur le site de la commune de Marino.
Novembre — La Madonna della Salute à Venise
Où ? Venise, en Vénétie
Quand ? Au mois de novembre
Nature : pèlerinage votif lié à la mémoire de la peste
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
La fête rappelle le vœu prononcé par la République de Venise pendant l’épidémie de peste de 1630. La ville promit de construire une église dédiée à la Vierge si l’épidémie cessait.
La basilique Santa Maria della Salute fut élevée à l’entrée du Grand Canal. Chaque année, les habitants renouvellent le pèlerinage vers l’édifice en mémoire des victimes et de la délivrance de la ville.
Que se passe-t-il concrètement ?
Un pont votif provisoire est installé sur le Grand Canal afin de relier le quartier de San Marco aux abords de la basilique. Pendant plusieurs jours, les habitants empruntent ce passage pour déposer un cierge et participer aux offices.
La fête est moins spectaculaire que le Redentore. Elle se caractérise par un flux continu de familles et de fidèles. Dans les maisons et certaines tables vénitiennes, on prépare traditionnellement la castradina, plat de viande de mouton salée et fumée accompagné de chou.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
La municipalité organise le pont et les circulations, tandis que les institutions religieuses accueillent les pèlerins. Les familles transmettent le geste d’allumer un cierge, le trajet vers la basilique et parfois la recette de la castradina.
La fête fait entrer un événement sanitaire vieux de plusieurs siècles dans les pratiques ordinaires de la ville. Le pont temporaire rend cette mémoire visible dans la géographie même de Venise.
Informations officielles : histoire et informations annuelles sur le site de la Ville de Venise.
Décembre — Une ville accompagne sa sainte patronne
L’année s’achève par les fêtes de l’Avent et de Noël, mais aussi par plusieurs célébrations patronales. À Syracuse, le mois de décembre appartient particulièrement à sainte Lucie.
Décembre — La fête de sainte Lucie à Syracuse
Où ? Syracuse, en Sicile
Quand ? Au mois de décembre
Nature : fête patronale et procession des reliques
Pourquoi cette fête a-t-elle lieu ?
Syracuse honore Lucie, jeune chrétienne martyrisée au début du IVe siècle et devenue la patronne de la ville. La procession relie les principaux lieux associés à son culte et accompagne ses reliques ainsi que son simulacre d’argent.
L’objectif est de conduire la sainte depuis la cathédrale d’Ortygie vers la basilique Santa Lucia al Sepolcro, située près du lieu où la tradition situe son martyre et son ensevelissement.
Que se passe-t-il concrètement ?
Le simulacre d’argent quitte la cathédrale, porté sur une lourde structure processionnelle. Il traverse Ortygie puis différents quartiers de Syracuse avant de rejoindre la basilique.
Les porteurs avancent lentement au milieu des fidèles. Le trajet est ponctué de prières, de sonneries et d’arrêts. Quelques jours plus tard, la procession accomplit le parcours inverse afin de ramener le simulacre à la cathédrale.
La fête possède également une dimension alimentaire. En Sicile, la cuccìa, préparation à base de grains de blé cuits, est associée à sainte Lucie. Sa consommation rappelle le lien ancien entre protection religieuse, disette et arrivée espérée des céréales.
Qui la prépare et comment la tradition se transmet-elle ?
Les autorités religieuses, la commune, les confréries, les porteurs et les habitants préparent le parcours et les cérémonies. Le transport du simulacre exige une équipe coordonnée, capable de faire avancer et pivoter l’ensemble dans les rues.
Dans les familles, la fête se transmet également par la préparation de la cuccìa, les cierges et la participation au trajet. La ville ne commémore donc pas seulement une figure chrétienne ancienne : elle relie chaque année son centre historique, ses quartiers et le lieu consacré à sa patronne.
Informations officielles : présentation culturelle et informations touristiques sur le site officiel Visit Sicily.
Une Italie, des traditions profondément locales
Du Piémont à la Sicile, les fêtes ne composent pas un calendrier national uniforme. Chacune appartient à une ville, à un parcours et à une histoire particulière. Leur répartition montre combien les traditions italiennes restent liées aux territoires et aux communautés qui les font vivre.

À Gubbio, la fête monte de la Piazza Grande vers le mont Ingino. À Cagliari, elle quitte la ville pour rejoindre Nora. À Venise, elle invente temporairement des passages au-dessus de l’eau. À Trapani, elle confie des sculptures religieuses aux groupes héritiers des métiers urbains. À Sienne, elle fait de dix-sept quartiers les véritables acteurs d’une course connue dans le monde entier.
Les objets eux-mêmes ne sont jamais interchangeables. Les sarments de Novoli viennent des vignes du Salento. Les fleurs de Genzano sont triées pour recouvrir une rue précise. Les ceri de Gubbio, les gigli de Nola et la Macchina de Viterbe possèdent des formes, des règles de transport et des communautés distinctes.
C’est pourquoi les périodes indiquées dans ce calendrier constituent seulement un premier repère. Pour comprendre une fête italienne, il faut aussi regarder son parcours, reconnaître ceux qui la préparent et savoir ce qu’ils cherchent à accomplir.
Les programmes et les conditions d’accès peuvent changer. Avant tout déplacement, les informations actualisées restent à vérifier auprès des communes, des offices du tourisme ou des organisations officielles indiqués dans chaque section.
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