À Zurich, la première chose qui attire l’attention n’est pas un monument.
Ce sont les murs. La première fois que je suis venue ici, ces façades grises m’ont intriguée.
Dans les rues proches de la rivière, les façades présentent souvent les mêmes nuances : gris clair, gris bleuté, parfois beige très pâle. La surface des murs est légèrement rugueuse, comme si la ville avait été recouverte d’un même enduit.
Cette impression revient d’une rue à l’autre.
Pourquoi Zurich possède-t-elle ces façades si sobres ?
Pour commencer à comprendre la ville, il suffit de marcher depuis la gare centrale jusqu’au lac en suivant la rivière. La promenade est courte, mais les détails rencontrés en chemin racontent plusieurs moments de son histoire.
Cet article fait partie de la série Voyager autrement en Suisse. Une invitation à découvrir des lieux où le paysage, les villes et les villages révèlent la manière dont le pays reste habité et vivant.
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Sortir de la gare et rencontrer la rivière
En sortant de la gare centrale, quelques pas suffisent pour voir apparaître la Limmat.
La rivière traverse le centre ancien avant de poursuivre sa route vers le nord. Elle provient du lac de Zurich situé quelques centaines de mètres plus au sud.
Cette situation explique l’origine de la ville.
À l’époque romaine, un poste de douane appelé Turicum est installé à cet endroit afin de contrôler les marchandises circulant entre les Alpes et les régions du Rhin.
Les bateaux arrivaient par le lac. Les marchandises poursuivaient ensuite leur route par la rivière ou par les routes terrestres.
Marcher aujourd’hui le long de la Limmat revient donc à suivre l’un des anciens axes commerciaux de la ville.
Les murs gris : Matériaux et histoire religieuse
Dans la vieille ville, les façades présentent souvent les mêmes tons gris ou pierre claire.
Cette palette vient d’abord des matériaux utilisés. Beaucoup de bâtiments ont été construits avec du grès extrait dans la région puis recouverts d’enduits à base de chaux. Ces enduits étaient régulièrement refaits pour protéger les murs de l’humidité.
L’histoire religieuse de la ville a aussi laissé une trace visible.
Au XVIᵉ siècle, Zurich devient l’un des centres de la Réforme protestante sous l’influence de Huldrych Zwingli. Les transformations religieuses qui suivent s’accompagnent d’une esthétique plus sobre que dans certaines villes catholiques voisines. Les décorations abondantes disparaissent de nombreux bâtiments religieux.
La vieille ville conserve encore aujourd’hui cette tonalité discrète.

Les ponts et la ville des guildes
En marchant le long de la rivière, on remarque rapidement la proximité des ponts.
Cette organisation correspond à la structure politique de Zurich au Moyen Âge.
À partir du XIVᵉ siècle, la ville est gouvernée en grande partie par des guildes, des corporations d’artisans et de commerçants. Chaque métier possède sa propre organisation : tisserands, boulangers, orfèvres, tanneurs ou marchands de vin.
Ces guildes ne servaient pas seulement à organiser les métiers. Elles participaient aussi au gouvernement de la ville.
Certaines maisons situées près de la rivière étaient les maisons de guildes (Zunfthäuser). On y tenait les réunions, les banquets et les décisions politiques.
Cette tradition existe encore aujourd’hui. Chaque printemps, lors de la fête de Sechseläuten, les guildes défilent dans la ville en costumes historiques avant la mise à feu du Böögg, un grand bonhomme de neige rempli de pétards. La rapidité avec laquelle sa tête explose est censée annoncer la qualité de l’été.
Le Grossmünster et la Réforme
Au-dessus des toits de la vieille ville apparaissent les deux tours du Grossmünster.
L’église se situe sur l’une des premières hauteurs de la ville, légèrement au-dessus de la rivière. Cette position permettait d’éviter les crues et explique en partie l’installation des premiers quartiers autour de cet emplacement.
C’est également dans cette église que Zwingli prêche au début du XVIᵉ siècle, lançant la Réforme à Zurich.
Les changements religieux qui suivent modifient profondément la ville : les monastères sont dissous, les images religieuses retirées de nombreuses églises et l’organisation religieuse passe progressivement sous le contrôle des autorités municipales.
Quand la rivière rejoint le lac
En continuant la promenade vers le sud, la Limmat s’élargit progressivement.
Les rues deviennent plus ouvertes et le lac apparaît.
Le lac de Zurich a longtemps constitué une voie commerciale reliant les régions alpines aux routes du nord de l’Europe.
Au XIXᵉ siècle, l’industrialisation transforme la ville. Zurich devient un centre important de l’industrie textile. Les capitaux accumulés à cette époque contribuent ensuite au développement du secteur bancaire.
La gare centrale, inaugurée en 1847 avec l’arrivée du chemin de fer, renforce encore le rôle économique de la ville.
Les tramways et la transformation de la ville
Un autre détail attire l’attention lorsque l’on marche dans le centre.
Les tramways circulent dans des rues parfois anciennes et relativement étroites.
Le premier tramway apparaît à Zurich en 1882. D’abord tiré par des chevaux, il est électrifié quelques années plus tard. Plutôt que de transformer radicalement le centre historique, la ville adapte progressivement les rues existantes pour accueillir ce nouveau mode de transport.
Contrairement à certaines villes européennes où de grandes avenues ont été percées au XIXᵉ siècle — comme à Paris sous l’autorité de Georges-Eugène Haussmann — Zurich évolue de manière plus progressive.
Aujourd’hui encore, le réseau de tramways constitue l’un des principaux moyens de transport de la ville.

Ce que l’on comprend en marchant dans Zurich
La promenade entre la gare et le lac dure à peine une demi-heure.
En chemin apparaissent plusieurs moments importants de l’histoire de Zurich :
- la rivière qui explique l’origine commerciale de la ville
- les guildes qui ont longtemps organisé sa vie politique
- la Réforme protestante qui a marqué son identité
- l’industrialisation du XIXᵉ siècle qui a transformé son économie
Ces éléments apparaissent simplement en marchant, en observant les détails et en se posant quelques questions.
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