Du bogolan traditionnel au bogolan imprimé : Un choix assumé

9 Mar 2022 | Matières et savoir-faire

Certaines matières ne nous attirent pas par hasard. Elles entrent dans nos vies par des chemins discrets, souvent liés à l’enfance, à la mémoire, aux lieux que l’on a traversés sans encore savoir les nommer.

Le bogolan fait partie de ces matières-là pour moi.

Je ne l’ai pas découvert dans un livre ni dans un musée, mais en Côte d’Ivoire, pays de mon père. Là-bas, il est porté, vu, manipulé. Il fait partie du paysage textile quotidien, notamment sous forme de boubous, de pagnes, de tissus utilisés pour les vêtements dans certaines cérémonies. Ses teintes ocres, brunes, noires m’ont immédiatement rappelé la terre, les routes poussiéreuses, la chaleur, les villages de l’intérieur du pays. Une matière familière, bien avant d’être un objet de réflexion.

Lorsque j’ai recroisé le bogolan, des années plus tard, chez un fournisseur de tissus à Paris, ce n’était pas une redécouverte mais une reconnaissance. J’y ai retrouvé cette densité visuelle, cette présence, ce langage graphique qui ne cherche pas à séduire mais à signifier. À ce moment-là, la question n’était pas de savoir si le bogolan avait sa place chez Poropango, mais comment il pouvait y entrer, sans être trahi ni idéalisé.

Le bogolan traditionnel : Une référence, pas un modèle à reproduire

Le bogolan traditionnel est le fruit d’un savoir-faire exigeant, profondément ancré dans des contextes culturels précis d’Afrique de l’Ouest. Il repose sur un ensemble de gestes transmis, de connaissances liées aux plantes, aux saisons, aux usages sociaux du tissu. Il est teint à partir de feuilles, d’écorces, de boue fermentée. Il se fabrique lentement, avec des variations, des imperfections assumées.

Ce bogolan-là ne peut pas être “copié”. Il ne peut pas être reproduit hors de son contexte sans perdre une part essentielle de son sens.

Dès le départ, il m’a semblé important de poser une limite claire : Poropango ne prétend pas utiliser du bogolan traditionnel. Le respect commence souvent par la reconnaissance de ce que l’on ne fait pas.

Bogolan traditionnel peint à la boue, motifs géométriques symboliques sur toile de coton aux tons naturels bruns et noirs
Bogolan traditionnel réalisé à la main, où chaque motif peint à la boue transmet une mémoire, une protection ou une appartenance culturelle.

Pourquoi le choix du bogolan imprimé

Le choix du bogolan imprimé n’est ni une facilité ni un compromis par défaut. C’est une décision réfléchie, assumée, qui tient compte à la fois des usages contemporains et des contraintes réelles.

Le bogolan traditionnel est dense, parfois lourd, sensible à l’entretien. Il est conçu pour des usages précis, dans des contextes précis. Le transposer tel quel dans des accessoires du quotidien, destinés à voyager, à être lavés fréquemment, manipulés, transportés, aurait été incohérent.

Le bogolan imprimé permet autre chose :

  • une matière plus légère, adaptée à des objets nomades,
  • une plus grande facilité d’entretien, compatible avec un usage quotidien,
  • une accessibilité plus large, sans dénaturer les motifs.

Ce choix ne transforme pas le bogolan en simple décor. Il permet au contraire de faire circuler ses formes, son langage visuel, dans d’autres contextes, sans prétendre utiliser l'originel.

Motifs, langage et responsabilité

Ce qui m’a toujours intéressée dans le bogolan, ce ne sont pas seulement ses couleurs, mais ses motifs. Leur force graphique, leur répétition, leur capacité à structurer l’espace textile. Chaque motif est porteur de sens, lié à une histoire, à un groupe, à une situation.

Utiliser ces motifs impose une responsabilité :

  • Ne pas les vider de leur substance,
  • Ne pas les réduire à une tendance,
  • Ne pas les isoler de leur origine.

C’est pour cette raison que, sur Poropango, le bogolan est toujours raconté avant d’être utilisé. Comprendre ce qu’est un motif, à quoi il sert, ce qu’il signifie, permet de sortir d’une consommation aveugle et de replacer l’objet dans une continuité culturelle.

Bogolans traditionnels séchant à l’air libre, bandes de coton teintes et peintes à la boue aux motifs symboliques d’Afrique de l’Ouest
Bogolans traditionnels étendus pour le séchage après la teinture, révélant la diversité des motifs et des couleurs obtenues à partir de pigments naturels et de boue fermentée.

Une matière qui circule, sans se confondre

Le bogolan imprimé tel qu’il est utilisé chez Poropango ne remplace pas le bogolan traditionnel. Il ne s’y oppose pas non plus. Il s’inscrit dans une autre logique : celle de la circulation des formes, des motifs, des références culturelles dans un monde contemporain fait de déplacements, de métissages, d’adaptations.

Cette circulation n’est ni neutre ni anodine. Elle demande de la clarté, de la transparence, et une position assumée. Le bogolan imprimé est une interprétation, pas une reproduction. Une continuité visuelle, pas un geste ancestral.

Une place juste, sans confusion

Si le bogolan a trouvé sa place chez Poropango, ce n’est pas pour son exotisme ni pour une promesse de bien-être abstraite. C’est parce qu’il incarne exactement ce que je cherche à explorer :

  • Des matières porteuses de mémoire,
  • Des motifs qui organisent le regard,
  • Des tissus qui racontent autre chose que leur simple fonction.

Le bogolan imprimé permet de faire exister cette matière dans des objets du quotidien, tout en maintenant une distinction claire entre l’héritage culturel et son interprétation contemporaine.

C’est un choix situé, personnel, assumé. Un choix qui ne prétend pas dire “le” bogolan, mais dire ma relation à cette matière, et la manière dont elle peut continuer à circuler sans perdre son sens.

Pour aller plus loin

🔗 Bogolan : un tissu, une mémoire, un langage
L’article de référence pour comprendre l’histoire, les gestes et la symbolique du bogolan dans son contexte culturel.

🔗 Matières & savoir-faire
Fibres, gestes, temps long et usages quotidiens.

🔗 Symboles & motifs
Quand les formes répétées deviennent langage.

Le bogolan chez Poropango

Chez Poropango, le bogolan est utilisé sous forme imprimée, dans le respect de son langage visuel et de son histoire.
Il trouve sa place dans des objets du quotidien conçus pour être utilisés, transportés, lavés — sans perdre le lien avec la matière et le motif.

🔗 Découvrir les pièces en bogolan imprimé

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